Des chiffres à la lettre
“Le suicide est évitable” selon l'OMS
(cc) Wikimedia Commons
Plus de 800 000 suicides recensés par an, soit un toutes les quarante secondes et vingt fois plus de tentatives : c'est le bilan d'un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Intitulé « Prévention du suicide : l’état d'urgence mondial », il a été publié à l’occasion de la journée mondiale de prévention du suicide, le 10 septembre 2014.
En 2012, le nombre de suicides dans le monde s’élève selon le rapport de l’OMS à plus de 800 000. Ce serait la 15e cause de mortalité dans le monde. Au moins un suicide a lieu toutes les quarante secondes.
Le taux de suicide, rapporté à la population, est a peu près équivalent dans les pays pauvres et dans les pays riches. Les pays à revenu faible et intermédiaires représentant la majorité de la population mondiale, c’est cependant dans ces pays que 75% des suicides ont lieu. La France décompte 10 000 morts et 200 000 tentatives de suicides par an. Soit 14,7 suicides pour 100 000 habitants, un taux supérieur à la moyenne en Europe.
Fin de vie
Une constante : les taux de suicide les plus élevés sont partout enregistrés chez les personnes de plus de 70 ans. Dépendantes, isolées, en perte d'autonomie, les vieillards sont les plus fragiles. Nous le rappelions dans une enquête menée sur la vieillesse et la dépendance : « Avec près de 3 300 suicides chez les plus de 65 ans, sur les 11 000 annuels, avec un taux de suicide proportionnellement dix fois plus important chez les plus de 85 ans, par rapport à la population des 15-24 ans, et plus élevé encore en maison de retraite que chez soi, il est à craindre que l’amour, le soin, le care, ne suffisent guère. Aux cas de défenestration dont témoignent les infirmiers s’ajoutent un fort alcoolisme et des épisodes dépressifs majeurs chez 10 % à 15 % des résidents au cours de la première année d’institutionnalisation. Ces défis lancés à l’accompagnement de la fin de vie ne peuvent être relevés par les seuls aidants naturels, enfants ou parents, ni même par les soignants. »
Espérance de vie
Derrière la rudesse de ces chiffres se cache une réalité à laquelle les Français tournent le dos. Ils sont 71% à déclarer se détourner de l’idée de la mort pour s’adonner en toute tranquillité aux joies de la vie longue. Martin Legros ajoutait dans le dossier « La mort, oser y penser » : « Quand l’espérance de vie était de 30 ou 40 ans ; quand un enfant sur trois mourait à la naissance ; quand la plupart des maladies étaient sans remèdes ; quand, en l’absence d’un État souverain et d’une société policée, les individus vivaient sous l’emprise de la peur de la mort violente, alors le visage des morts faisait partie intégrante de la vie. Chacun était incité à l’anticiper, à s’y préparer. À la vivre en commun avec ses proches. L’ici-bas était orienté par l’attente de l’au-delà. Et puis, soudain, en quelques siècles, ce système s’est effondré. Alors que la croyance religieuse s’effritait, la vie longue a chassé la mort hors de notre champ d’expérience. Elle s’est alors réfugiée dans les hôpitaux, où les médecins sont devenus les maîtres d’un événement médical. »
L’idéal désormais est de mourir…guéri ou en bonne santé. En témoigne la question de l’euthanasie, de la « bonne mort », qui agite de plus en plus régulièrement le débat public. « En un mot, on a troqué l’espérance de la survie contre l’espérance de vie. »
Crises existentielles
Cette espérance fait cependant défaut à certains, lors des crises existentielles ou de dépression. C’est l’une des causes principales de suicide, parfois associée l’alcoolisme et aux troubles mentaux. Les problèmes d’argent (le suicide est en augmentation en Grèce depuis 2008), les traumatisme, la guerre, les catastrophe naturelles comptent parmi les facteurs extérieurs, sociaux, psychologiques, culturels, qui favorisent le passage à l’acte. Sur la base de cette étude, l’OMS déduit un plan d’action fondé sur une conviction : le suicide est évitable. Si bien que les États membres de l’OMS se sont engagés à atteindre la cible mondiale visant à réduire de 10 % les taux de suicide dans les pays d’ici 2020. Tant qu'il y a de l'espoir...