Société

La coupe afro : entre discrimination et libération

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La coupe afro : entre discrimination et libération

© #MS YAPR/iStockphoto

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La loi contre les discriminations capillaires récemment adoptée à l’Assemblée vise, entre autres, à permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’arborer une coupe afro sans être considérés comme « négligés ». L’occasion de revenir sur l’histoire de cette coiffure à la croisée d’enjeux intimes et politiques fondamentaux.


 

« Négligé », « peu professionnel », les qualificatifs associés à la coupe afro sont parfois très péjoratifs. C’est entre autres contre ces préjugés que souhaite lutter le député guadeloupéen Olivier Serva, à l’origine du texte de loi (voté à 44 voix contre 2), qui vise également à éviter les éventuelles discriminations contre les blondes ou encore les chauves.

Aux États-Unis, où les statistiques raciales sont autorisées, les discriminations contre les personnes aux cheveux dits « crépus » ou « texturés » sont documentées. Elles ont déjà donné lieu à une loi, le « Crown Act », adopté dans l’État de Californie en 2019, qui a pour but de « faire en sorte que le monde professionnel soit ouvert et respectueux des cheveux naturels ». Comme l’indique une enquête commandée par Linkedin et Dove publiée en 2023, les cheveux des femmes afro-descendantes sont 2,5 fois plus susceptibles d’être perçus comme non professionnels, et 20% des femmes noires interrogées entre 25 et 34 ans ont été renvoyées chez elles en raison de leurs cheveux.

Cette offensive contre le cheveu crépu, et par extension, contre la coupe afro n’est pas anodine. La chevelure est une caractéristique physique reliée à l’identité d’une personne : à la fois celle du genre, mais aussi celle du groupe ethnique auquel elle appartient. La structure capillaire et la coiffure sont donc associées à des stigmates très anciens, hérités du colonialisme. Dans son livre intitulé Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage (1842), l’abolitionniste Victor Schœlcher (1804-1893), tente de mettre fin au préjugé très ancré selon lequel « les cheveux plats [sont] plus intelligents que les cheveux crépus ». Il explique que pour contrer ce stigmate, « les femmes de couleur qui ont la chevelure crépue s’imposent des tortures horribles en se coiffant pour la tirer de façon à laisser croire qu’elle est soyeuse ».

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