Analyse

Les cheveux des femmes : du symbole érotique à la lutte politique

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Toulouse, le 9 octobre 2022. Dessin représentant Mahsa Amini lors d’une marche de solidarité avec les femmes en Iran, suite au décès de la jeune Iranienne entre les mains de la police des mœurs du pays

Toulouse, le 9 octobre 2022. Dessin représentant Mahsa Amini lors d’une marche de solidarité avec les femmes en Iran, suite au décès de la jeune Iranienne entre les mains de la police des mœurs du pays. © Alain Pitton/NurPhoto/AFP

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Symbole de l’érotisme, images de la féminité, objet de concupiscence, motif d’humiliation, arme de combat… Pourquoi la chevelure des femmes a-t-elle endossé une telle charge symbolique ?

 

L’actualité a récemment remis les cheveux féminins au centre d’une lutte idéologique et politique d’envergure. Ce mois-ci, des centaines de femmes iraniennes se sont filmées en train de se couper de lourdes mèches de cheveux. Ce geste fait suite à la mort de Mahsa Amini, étudiante de 22 ans décédée le 16 septembre dernier dans les locaux de la police des mœurs. La jeune femme a perdu la vie pour avoir fait dépasser quelques mèches de son voile, dont on a estimé qu’il était mal positionné. L’événement a allumé la mèche. Dans les rues iraniennes, les hijabs ont été brûlés, enlevés, jetés. Les cheveux des femmes sont ainsi devenus le symbole d’une protestation globale contre un régime islamiste négateur des droits humains et des libertés fondamentales.

Ces événements récents font écho à une histoire du cheveu féminin plus vaste, qui touche toutes les cultures et toutes les époques. La chevelure féminine a toujours été au centre de luttes, d’instrumentalisation, de convoitises et de détournements en tout genre. Plongeons-nous dans cette histoire capillaire aussi fascinante que complexe et douloureuse.

Une histoire religieuse

Les couvrir. Tel a été, historiquement, la manière la plus commune de traiter les cheveux des femmes. « Quelles que soient les époques les régions ou les cultures, les femmes ont constamment porté sur la tête […] un voile », résume l’historienne italienne Marie-Giuseppina Muzzarelli, autrice d’une Histoire du voile. Des origines au foulard islamique (Bayard, 2017). Dans l’Antiquité, les Grecques le portaient pour des raisons de pudeur et de modestie, et il était associé à la figure des vestales, les prêtresses de Vesta – déesse du feu et du foyer – à Rome.

Plus tard, le voile deviendra le symbole de la soumission à Dieu, notamment au moment de la prière. Saint Paul, dans le Nouveau Testament (Épître aux Corinthiens) le dit très clairement : « Toute femme qui prie ou qui prophétise la tête non voilée, déshonore sa tête : elle est comme celle qui est rasée. Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. » On voit poindre ici le cœur du sujet : le cheveu de la femme, déshonorant lorsqu’il est visible, est honteux lorsqu’il est coupé et rasé. Dans le Coran, il sert précisément à protéger les femmes de l’injure. « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées » (sourate 33, verset 59).

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