Au fil des âges

La crise de la quarantaine

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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Autrefois, l’enfance était l’antichambre de la vie, la vieillesse était le couloir de la mort ; entre les deux, la maturité incarnait l’existence véritable. Aujourd’hui, tout paraît avoir changé : concurrencé en amont par une adolescence interminable, et en aval par la figure fougueuse et dynamique des nouveaux retraités, l’adulte peine à se faire une place et à définir son identité. Sa période semble s’être réduite comme une peau de chagrin alors que l’existence est de plus en plus longue. Durant ce bref laps de temps, en effet, tous les poids de l’existence s’accumulent : il faut faire carrière, élever les enfants, s’occuper de ses vieux parents, être performant dans tous les domaines, y compris dans ses loisirs, et, surtout, être heureux, ou, du moins, le paraître. Une petite fille m’avait un jour donné cette excellente définition de l’adulte : « C’est quelqu’un qui n’a pas le temps ! » Et, pourrait-on ajouter, qui s’aperçoit qu’il en a de moins en moins… Si, arrivé à cet âge, il pense ne pas avoir atteint ses projets de vie, il déprime parce qu’il a échoué ; et, s’il les a atteints, il déprime parce qu’il n’y a plus rien à espérer. On en a fini avec la « promesse de l’aube », comme dit Romain Gary ; on découvre qu’être parent et conjoint n’est ni aisé ni durable ; on comprend que gagner sa vie ne suffit pas à la combler. Bref, l’âge adulte, loin d’être un accomplissement, est devenu une crise : celle du vide intérieur.

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