Le courage d’aller au-devant de la contamination
Le Temple du Soleil © Hergé - Moulinsart 2020
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Si Tintin ose braver la quarantaine, c’est parce qu’il s’agit pour lui de sauver une vie en danger. C’est le courage socratique que partagent aujourd’hui tous les soignants du Covid-19.
Album : Le Temple du Soleil (1949)
Philosophe de référence : Socrate (v. 470-399 av. J.-C.)
Œuvre : Lachès
C’est sans doute parce qu’elle obéit à une logique de la séparation – séparation du pur et de l’impur, de l’ami et de l’ennemi, de la vie et de la mort – que Haddock et Tintin se trouvent confrontés à la quarantaine dans Le Temple du Soleil. Pour rappel, leur ami le professeur Tournesol, qui s’est emparé du bracelet de la momie de l’Inca Rascar Capac, a été enlevé et emmené à Callao au Pérou à bord d’un navire, Le Pachacamac. Alors que Tintin et le capitaine s’apprêtent à monter à bord avec la police locale, deux pavillons, jaune et noir, Québec et Lima dans le code international des signaux maritimes, sont hissés. « Deux cas de peste bubonique à bord ! J’ai ordonné trois semaines de quarantaine », explique le médecin du port. Tandis que Dupond et Dupont, dépêchés sur place, demandent si la « quarantaine » est le nom donné à la fête d’anniversaire du commandant du bateau, Haddock ne s’y trompe pas… Mais Tintin, lui, décide de monter à bord la nuit même pour en avoir le cœur net. À la lumière de l’expérience du Covid-19, son action pose question. Certes, il soupçonne à juste titre que le médecin du port, un Indien quechua, est complice de ceux qui ont enlevé le professeur pour venger le sacrilège de la momie. Mais il n’empêche… notre héros ne respecte pas l’interdit. Dans ses aventures, le courage de Tintin n’est pas le courage héroïque de celui qui cherche l’immortalité en mettant en jeu sa vie face à l’ennemi, c’est plutôt le courage socratique de celui qui dispose « de la science de ce qu’il faut craindre et de ce qu’il faut oser » (Lachès). En l’occurrence, si Tintin n’a pas peur et ose braver l’interdit de la quarantaine, c’est parce qu’il est convaincu que c’est un mensonge… et qu’il veut sauver une vie en danger. Sa désobéissance s’autorise d’un savoir – plutôt d’un soupçon, en réalité – mais surtout elle procède d’un souci éthique. Il va au-devant d’une contamination personnelle pour éviter la mort imminente d’un autre que lui. C’est le courage socratique que partagent aujourd’hui tous les soignants du Covid-19.