Vive la crise (de la quarantaine !)
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Cet article est issu du numéro 91 de Philosophie magazine « Comment ne pas passer à côté de sa vie ? », en kiosque le 02 juillet 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À la faveur d’une expérience personnelle bouleversante, le philosophe anglais Christopher Hamilton réfléchit à ce que signifie “être au milieu de sa vie”.
Qu’apprenez-vous à 38 ans qui bouleverse votre vie ?
Christopher Hamilton : Ma mère et mes frères et sœurs ont attendu trente-huit ans pour m’apprendre la vérité : l’homme que j’avais considéré toute ma vie comme mon père, qui était mort quand j’avais 18 ans, n’était pas mon père. Ils étaient au courant mais ils avaient gardé le silence, pensant que c’était préférable pour moi. Mon père biologique était encore en vie, il avait 81 ans. Mieux, ce père dont j’ignorais tout était enseignant et avait été mon professeur. Les réflexions qui mûrissaient depuis quelques années en moi se sont précipitées. La transition problématique qu’entraîne en général le passage à la quarantaine s’est soudain cristallisée autour de cette révélation. Les idées philosophiques que j’avais pu étudier jusqu’à présent prenaient de l’épaisseur, elles devenaient « réelles » à la faveur d’une expérience personnelle.
Cette crise aurait-elle pu se produire à un autre âge ?
Je n’aurais sûrement pas vécu cette révélation de la même façon si elle avait eu lieu à 25 ou à 30 ans, sans que je puisse dire si elle aurait été plus ou moins dure. Pour autant, la crise de la quarantaine n’est pas une question chronologique. Il s’agit plutôt d’une question psychologique et métaphysique. La quarantaine est d’abord une idée conceptuelle, ce que dit mieux le titre anglais : Middle Age, littéralement « âge de la moitié de la vie » ou « âge moyen ». C’est une étape dans l’existence, une expérience qu’on peut ne pas encore avoir éprouvé à 40 ans ou, au contraire, avoir vécu beaucoup plus tôt.
À l’issue d’une conférence que je donnais, un jeune homme a ainsi pris la parole pour me dire qu’il traversait la crise de la quarantaine. Après avoir investi toute son énergie dans le désir de devenir musicien, il avait pris conscience qu’il n’avait pas assez de talent et que son ambition était impossible à réaliser. Il avait 27 ans et devait déjà réévaluer toute son existence.