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“La Ferme des Animaux” d’Orwell, un brûlot antispéciste ?

Temps de lecture : 3 min

“La Ferme des Animaux” d’Orwell, un brûlot antispéciste ?

© Editions Gallimard

Vous avez peut-être déjà lu La Ferme des Animaux de George Orwell. Et vous reconnaissez dans cette fable une satire à peine voilée du stalinisme autoritaire… Vous avez raison ! Mais alors que reparaît ce grand classique dans la collection Folio de Gallimard, augmenté d’une préface inédite d’Hervé Le Tellier (prix Goncourt 2020 pour L’Anomalie), demandons-nous si nous ne pouvons pas également le lire comme un livre sur l’antispécisme, cette doctrine qui fait beaucoup parler d’elle en réclamant une forme d’égalité politique entre tous les animaux, qu’ils soient humains ou non. 

 

Une critique d’inspiration trotskiste

Quand La Ferme des Animaux paraît pour la première fois en 1945, la manière dont il faut interpréter l’ouvrage semble parfaitement claire à ses contemporains : Orwell livre une satire cinglante de la Révolution russe de 1917 ou, plus exactement, de ce que les dirigeants communistes au pouvoir en ont fait : la mise en place d’une dictature sans merci, celle de Staline, sous prétexte d’instaurer le bonheur de tous. C’est d’ailleurs le sens de la préface d’Hervé Le Tellier, qui rappelle la fibre profondément socialiste de George Orwell et qui voit dans sa dénonciation du régime soviétique certaines affinités avec les critiques que Léon Trostki avait déjà formulées contre la confiscation du pouvoir par les staliniens.

 

« Tous les animaux sont égaux… »

Sans doute l’intention originelle d’Orwell n’allait-elle pas plus loin. Cela ne nous empêche pas de tenter une lecture plus littérale, quoique tout aussi politique, de La Ferme des Animaux. Les « quattepattes » disent être exploités par les « deuxpattes », qui les font travailler et profitent des fruits de leur labeur. Mais les animaux se révoltent également pour réclamer une égalité entre tous, qui les libèreraient du privilège que les humains se sont arrogés sur toutes les autres espèces. D’ailleurs, le dernier des sept commandements promulgués par la nouvelle République instaurée une fois les humains chassés de la ferme n’est autre que : « Tous les animaux sont égaux. » 

 

Libération animale

Il se trouve cette formule-slogan sera reprise comme titre du premier chapitre de l’ouvrage de Peter Singer (1946-) paru en 1975, La Libération animale. Elle constitue même l’axiome fondamental de la position antispéciste qu’il y défend, à savoir une certaine forme d’égalité politique entre les humains et les animaux. Pour le philosophe australien, les animaux sont en effet des êtres capables de souffrir qui se révèlent dignes de la même considération morale que les êtres humains : il n’y a pas de raison a priori légitime pour accorder une quelconque priorité à une espèce sur toutes les autres.

 

Philosophie-fiction

On sait que chez George Orwell, la révolution fait long feu car les cochons et les chiens finissent par occuper les positions de commandement et par réinstaurer une hiérarchie entre les espèces : tout bien considéré, « tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ». D’un point de vue philosophique, La Ferme des animaux constitue une sorte d’expérience de pensée radicale, qui incite aujourd’hui chacun à pratiquer un exercice similaire en imaginant ce qui se passerait si nous mettions en pratique les principes du mouvement de libération animale et de l’antispécisme. Jusqu’où la prise en compte de l’intérêt des animaux est-elle humainement possible ?

 

Rien à faire : Orwell est toujours aussi essentiel pour penser notre époque.

 

La Ferme des animaux, de George Orwell, vient de reparaître dans la collection Folio classique des éditions Gallimard (224 p., 4,50 €), dans la traduction de Jean Queval, agrémenté d’une préface d’Hervé Le Tellier. Le livre est disponible sur le site de l’éditeur, ainsi que chez votre libraire.

Orwell vu par Jean-Claude Michéa
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