La générosité

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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Curieusement, c’est l’égoïsme qui semble la condition d’un heureux don de soi. Tout le monde ne peut pas se permettre d’être généreux…

La générosité n’est pas donnée à tout le monde. Rares sont ceux qui savent donner sans compter. Et pour cause : comment être généreux sans l’être à ses dépens ? Est-ce un hasard si les écorchés vifs habitent dans une bulle ? Comment, sans tour d’ivoire, vivre avec la dangereuse aptitude à souffrir des douleurs qui nous sont épargnées ? Misère de tous ceux qui se privent en donnant… Misère de Schopenhauer, dont l’intuition généreuse d’une solidarité organique entre les êtres débouche, en fin de compte, sur la reconnaissance de l’égoïsme comme « l’essence même de l’homme ». Misère de Bardamu, le voyageur de Céline, qui passe son temps à se « refaire un bon petit égoïsme », et ne voyage au bout de la nuit que parce que -toutes ses nuits sont blanches, tant il souffre des « questions énormes » que la beauté, la violence et l’exploitation ne cessent de lui poser : « Il m’aurait fallu au moins une maladie, une fièvre, une catastrophe précise pour que je puisse la retrouver un peu, cette indifférence, et neutraliser mon inquiétude à moi, et retrouver la sotte et divine tranquillité. » Comment, en un mot, faire en sorte que le don de la générosité ne dégénère pas en avarice ?

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