Muhammad Yunus. Le capitaltruiste

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(cc) University of Salford Press Office / Muhammad Yunus

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Cet article est issu du numéro 118 de Philosophie magazine « 118 - avril 2018 », en kiosque le 22 mars 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cet économiste bangladais a créé le premier organisme de microcrédit. Une initiative qui a sorti des millions de pauvres de la misère et qui lui a valu le prix Nobel de la Paix en 2006. Aujourd’hui, il veut aller plus loin. Son ambition ? Refonder le capitalisme grâce à l’altruisme, à l’auto-entreprenariat et au social business. Doux rêve altermondialiste ou pragmatisme fondé sur des convictions libérales fortes ? Nous l’avons interrogé pour y voir plus clair.

« Tous les êtres humains sont entrepreneurs dans l’âme. » Ce n’est pas le dernier slogan du Medef mais le mantra du prix Nobel de la Paix 2006, Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit, qui a sorti de la misère des millions de paysans et d’artisans pauvres. L’idée du microcrédit est simple : en prêtant, sans intérêt et sur la seule base de la confiance, de quoi acheter une machine à coudre ou un vélo, on permet à des individus pauvres de « monter » leur entreprise. Aujourd’hui, l’organisation qu’il a fondée en 1976, la Grameen Bank (« banque des villages »), prête plus de 2,5 milliards de dollars par an à 9 millions de femmes pauvres. Avec un taux de remboursement de plus de 98 %. Ce concept s’applique d’ailleurs aussi à l’Occident : aux États-Unis, la Grameen Bank compte dix-neuf succursales.

Fort de ce succès, Yunus entend désormais traiter la question de l’emploi, de l’écologie ou de la grande pauvreté. Trois défis qui impliquent d’intégrer l’altruisme et le souci de l’avenir au capitalisme. Et l’économiste de vouloir décliner dans tous les domaines l’exemple de la start-up qui a réussi à implanter des panneaux solaires ou des kits de soins médicaux au Bangladesh, ou encore des garages solidaires assurant l’entretien des véhicules pour les conducteurs à bas revenus en France.

Présenté dans son dernier essai, Vers une économie à trois zéros. Zéro pauvreté, zéro chômage, zéro empreinte carbone (trad. fr. JC Lattès, 2017), le projet de Yunus se présente tantôt comme l’ambition de faire exister, en marge du système économique « normal » et sur la base des surplus qui y sont dégagés, une économie parallèle, altruiste, dont les bénéficiaires seraient ciblés – seuls les « vrais pauvres » profiteraient de ces programmes ; tantôt comme un projet global de refondation de l’économie sur des bases plus saines.

Un flou que l’on retrouve dans la notion même de social business, que l’on traduit en France par « économie sociale et solidaire ». Or il suffit de lire et d’entendre Yunus pour comprendre qu’il confère au social business un sens beaucoup plus libéral que celui qu’on lui prête habituellement. Opposé au revenu universel, qu’il assimile à de l’assistanat, et « partisan résolu du libre-échange », il entend « implanter les idées entrepreneuriales dans l’esprit de tous » et invite les chômeurs à « se positionner non plus comme demandeurs d’emploi mais comme créateurs d’emploi ».

En novembre dernier, le premier Yunus Centre a ouvert à Paris, à l’invitation de la maire, Anne Hidalgo. Il se situe quai de Seine, dans le XIXe arrondissement, à l’emplacement de l’ancienne Maison des Canaux, en passe d’être rebaptisée Maison des économies solidaires et innovantes. Alors, s’agit-il pour lui de réinventer le capitalisme ou de guérir ses blessures ? Nous avons posé la question à cet utopiste pragmatique.

 

 

Inventeur du microcrédit, vous êtes porteur d’une vision alternative de l’économie. D’où vous est-elle venue ?

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