Vertiges

La neige en train de fondre est-elle encore de la neige ? la chronique d’Étienne Klein

Temps de lecture : 3 min

La neige en train de fondre est-elle encore de la neige ? la chronique d’Étienne Klein

© Darius Cotoi/Unsplash

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine « L’Empire, stade ultime du capitalisme ? », en kiosque le 19 février 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cette question en apparence banale conduit à interroger une autre transformation, bien plus mystérieuse : celle qui a accompagné l’origine de l’Univers. 

 

Aujourd’hui, il neige, notamment sur Paris. Après qu’ils ont touché le sol, les flocons ne durent guère : ils se métamorphosent vite en petites flaques d’eau. Comment décrire avec des mots cette transition entre deux états en apparence si différents ? La neige en train de fondre est-elle encore de la neige ? Déjà de l’eau ? Un mélange des deux ? Ni l’un ni l’autre ? Cette « transformation silencieuse », comme dirait François Jullien, semble bien difficile à décrire. Sans doute est-ce parce que notre langage est « ontologique » : s’étant concentré sur l’identité et la substance, il s’est équipé de mots qui disent surtout ce qui est. Même lorsque nous percevons un changement, nous supposons que quelque chose de la chose qui change se maintient, subsiste, persévère. Mais qu’est-ce qui, du flocon de neige, subsiste dans la flaque d’eau ? Qu’est-ce qui s’y trouve anéanti ? Et qu’est-ce que la flaque acquiert que le flocon ne possédait pas déjà ? 

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Néant Être