Football-Euro 2021

La philosophie est-elle un sport d’équipe ?

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La philosophie est-elle un sport d’équipe ?

Image extraite du match de foot opposant des philosophes grecs et allemands imaginé par les Monty Python en 1972. © Capture d’écran extraite du programme Monty Python’s Flying Circus.

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Alors que l’équipe de France de football fait son entrée dans l’Euro 2021 ce soir face à l’Allemagne, nous avons demandé au philosophe et grand amateur de ballon rond Ollivier Pourriol si les philosophes eux aussi avaient le sens du collectif. Entre dribble chaloupé et tacle glissé, il répond.

 

Alors que l’équipe de France s’apprête à entrer en lice contre l’Allemagne pour son premier match de l’Euro 2021, je repense à deux de mes professeurs de philosophie, André Portafax, grand amateur de tennis, et Hubert Grenier, plutôt foot et rugby, qui lisait L’Équipe tous les jours. Sans aimer les mêmes sports, les deux avaient un point commun : ils n’appartenaient à aucune chapelle, aucune école, aucune secte, et ne comptaient guère d’amis philosophes. 

Il y a certes des exemples d’admirations célèbres (Platon pour Socrate, Kant pour Rousseau), d’amitiés « professionnelles » (Deleuze et Foucault), d’écoles ayant fait florès (l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote, les stoïciens, les épicuriens), mais à y regarder d’un peu plus près, et alors que nombre de « philosophes » interviennent aujourd’hui sur la place publique ou en entreprise pour vanter les vertus du collectif, du travail en équipe ou du soin envers l’autre (il m’arrive de le faire), on est en droit de se poser la question : la philosophie est-elle un sport d’équipe ?

Oui, a-t-on d’abord envie de répondre : les philosophes sont désintéressés, ils ne pensent qu’à l’universel, au bien commun, à la vérité ; les Idées de Platon, le cogito de Descartes, le Contrat social de Rousseau, c’est pour tout le monde. Démocratique, égalitaire, généreuse, la philosophie jouerait collectif par nature – chacun, en un relais exemplaire, reprenant la tâche là où ses camarades l’ont laissée, quitte à la transcender. Pourtant, on se souvient du sketch des Monty Python mettant en scène le match de l’équipe des philosophes grecs antiques, en toge, contre celle des philosophes allemands, en collants XVIIIe ou costumes noirs XIXe. Chacun n’y pense que dans son coin, jusqu’à ce qu’Archimède, frappé d’un « Eurêka ! » qui en dit plus long qu’un discours, ait l’idée d’inventer la passe, permettant ainsi à Socrate de marquer (de la tête, on ne se refait pas). Force est de constater que s’il y a bien quelque chose que ne connaissent pas les philosophes, c’est l’esprit d’équipe. Avoir raison, c’est souvent avoir raison de, ou contre. Comme le disait Bergson, les philosophes s’emploient moins à montrer quelque chose qu’à réfuter quelqu’un. 

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