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La riposte de l’empathie
© Lionel Richerand pour PM
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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Hobbes n’est pas vraiment démocrate, et il avait une vision trop noire de l’animalité… Malgré les critiques que son modèle suscite, il n’en reste pas moins une référence incontournable quand l’Histoire tourne au chaos.
« Lorsque Hobbes fait sien l’adage “l’homme est un loup pour l’homme”, il s’agit d’une parabole qui sert sa conception sombre de la nature humaine. Mais c’est également une représentation de l’animalité en général, et de l’espèce des loups en particulier, avec laquelle l’éthologue s’inscrit en porte-à-faux. En réalité, les loups ne sont pas les prédateurs sanguinaires dépeints par les légendes. Ils ne s’attaquent pas aux hommes – les cochons sont bien plus dangereux ! Ils ne sont pas cruels entre eux et, vivant en meutes organisées, ils sont liés par des rituels d’interaction comme le hurlement, grâce auquel ils signalent leur présence les uns aux autres. Plus globalement, le règne animal n’est pas synonyme de chaos et de guerre. Certes, chez certaines espèces, il existe des agressions réciproques, des compétitions pour établir les hiérarchies. Néanmoins, outre le fait que ces conflits se résolvent rapidement et permettent la coexistence, cela ne doit pas faire oublier les conduites d’entraide : par exemple, lorsqu’un singe trisomique naît, les femelles et certains mâles s’occupent soigneusement de lui. Toujours chez les singes, l’empathie, c’est-à-dire l’émotion ressentie par la perception de la souffrance de l’autre, est attestée. Les macaques refusent ainsi de tirer sur une chaîne pour obtenir des vivres si cela provoque un choc à un de leurs compagnons. Ce phénomène de l’empathie se retrouve chez les hommes et se développe même très tôt chez l’enfant s’il grandit dans un climat affectueux. Je crois donc que le détour par l’éthologie est utile : elle désarme la prétention d’utiliser la métaphore animale pour comprendre la violence humaine et, dans le même temps, elle permet de contrer Hobbes et son anthropologie pessimiste. »