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La sacralisation du principe d’opinion
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une jeune professeur livre ses impressions sur l’évolution des conditions de l’enseignement de la philosophie et s’interroge : est-il encore imaginable, comme le recommandaient les pédagogues du XIXe siècle, de « proportionner son enseignement à l’esprit de la jeunesse » ?
Avouons-le tout de suite, beaucoup de mes tentatives, souvent, mes questions ou mes explications ont été accueillies avec indifférence, méfiance ou scepticisme. « Que signifie de savoir que nous mourrons un jour ? » Ici, c’est une élève de L qui soupire bruyamment qu’il n’y a que les profs de philosophie pour poser ce genre de questions. Là, c’est l’opposition kantienne entre l’agréable, subjectif, et le beau, objectif, qui ne passe pas : « Mais, madame, ça ne sert à rien tout ça, moi j’aime le Nutella et vraiment je ne comprends pas ceux qui n’aiment pas. En revanche, je m’en fiche que les autres trouvent belle ou pas la Vénus de Milo, moi de toute façon je la trouve moche. » Un autre tranche comme à son habitude, avec la phrase magique : « En fait, ça dépend des gens » – inutile d’aller chercher plus loin. À la vérité, les élèves ne sont pas les seuls à juger la philosophie « inutile », « prise de tête », « pas objective » ou « de seconde zone ». J’ai entendu certains collègues soupirer en conseil de classe que ça ne les étonnait pas qu’Untel soit bon en philosophie, « il passe sa vie à couper les cheveux en quatre ».