L’anti-Machiavel ?
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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon l’historien de la philosophie italien Michele Ciliberto, Pic de la Mirandole met en lumière l’homme dans toute sa grandeur et tente de le saisir dans sa vérité alors même qu’il traverse les temps troublés du Quattrocento.
« Le texte est de 1486 : ce devait être un prologue à une discussion que Pic de la Mirandole souhaitait avoir, à Rome, capitale de la chrétienté, avec les doctes de son temps. Mais Pic n’eut pas l’occasion de prononcer son discours, et la discussion qui devait s’ensuivre n’eut jamais lieu. Pire encore, ses 900 Conclusions furent condamnées par le pape Innocent VIII sur la base des travaux d’une commission pontificale destinée à les examiner.
À l’époque, le pouvoir politique à Florence est concentré dans les mains de Laurent de Médicis, tandis que, du point de vue philosophique et culturel, la référence incontournable est Marsile Ficin, représentant le plus célèbre du néoplatonisme florentin. Ce dernier influence Pic de la Mirandole, bien que son œuvre manifeste aussi des éléments d’autonomie et d’originalité. Dès 1463, à la demande de Cosme l’Ancien, Marsile Ficin a traduit les œuvres hermétiques en latin, qui ont été traduits à leur tour en langue vulgaire par Tommaso Benci, et ces découvertes ont grandement nourri la culture florentine. L’hermétisme était constitué d’un ensemble de textes qu’on attribuait, à tort, à une sapience philosophique très ancienne. En réalité, nous avons découvert depuis qu’ils ont tous été écrits aux Ier et IIe siècles après Jésus-Christ. Il y est question de magie, d’astrologie, de mythologie et de philosophie. La référence à ce contexte est importante pour comprendre De la dignité de l’homme. Deux éléments propres à l’hermétisme y sont présents. Le premier est la conception de l’homme comme « grand miracle » ; Pic cite là l’Asclépios, l’un des textes les plus importants de la tradition hermétique. Le second élément, lié au premier, est l’idée qu’il est possible à l’homme de se faire Dieu.