Préhistoire / Civilisation

L’arc, entre ingéniosité, sagesse et sauvagerie

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L’arc, entre ingéniosité, sagesse et sauvagerie

Image de combat, datée de la fin du Mésolithique. © Eduardo Hernández Pacheco - Domaine public

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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors qu’une récente étude montre que l’usage des arcs et des flèches est beaucoup plus ancien qu’on ne l’imagine, rappelons que cette arme a d’abord symbolisé le génie humain, avant d’être associée à la barbarie.

 

Il y a 54 000 ans, nos ancêtres utilisaient des arcs et des flèches : ce sont les conclusions d’une étude franco-américaine publiée fin février dans la revue Science Advances, qui repousse de 40 000 ans les débuts de l’archerie en Europe. S’il n’est pas la première arme dont se sont dotés nos lointains aïeux, l’arc marque une rupture anthropologique. Il ouvre une sphère d’action où se prolongent les mouvements du corps et où celui-ci n’est pas directement exposé aux dangers du contact (avec l’ennemi, avec la proie). Cette extension, il est vrai, n’est pas entièrement neuve. Mais elle prend avec l’arc des proportions bien supérieures à ce que permettaient les propulseurs archaïques de harpons et autres sagaies. Le dispositif de propulsion se complexifie, ce qui permet d’atteindre des cibles plus lointaines. Comme le résume le préhistorien Jean-Georges Rozoy dans « Le propulseur et l’arc chez les chasseurs préhistoriques » (1992) : « C’est la première machine inventée par l’homme […]. L’arc est beaucoup plus précis […], ce qui augmente beaucoup la sécurité, l’efficacité et le rendement de la chasse, et de la vie elle-même : il devient plus facile de tenir les loups à l’écart. » Sur un plan cognitif, l’arc témoigne de l’épanouissement des capacités intellectuelles. Lancer un caillou sur une cible est une chose, associer différents éléments ouvragés selon un plan de confection orienté vers une fin déterminée en est une autre. L’arc est une marque d’inventivité, qui fait entrer l’homme dans un monde de possibilités nouvelles. Pourtant, avec les débuts de la métallurgie, il sera supplanté par les lances et les épées. D’instrument innovant, il va se muer en outil archaïque : pour les Grecs, l’arc est l’arme des barbares, des sauvages, des primitifs. Celle également de l’homme sans honneur, du tireur embusqué, qui n’a pas le courage de mettre sa vie en jeu dans le combat rapproché et abat son ennemi dans le dos. L’arc ne perd pas pour autant toute connotation positive. À « l’arc-moins » du barbare méprisé par Achille, l’historien Pierre Vidal-Naquet oppose, dans Le Chasseur noir (1981), « l’arc-plus » d’Ulysse, l’anti-Achille, héros de la mètis – de la ruse qui, si elle peut devenir fourberie, évoque également l’habileté, l’ingéniosité.

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