Sexualité / Genre
L’asexualité, ou le désir de ne plus en avoir
L’asexualité possède son propre drapeau. © iStockphoto
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Cet article est issu du numéro 162 de Philosophie magazine « Faut-il suivre son intuition ? », en kiosque le 25 août 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est le mot qui se cache derrière la lettre A, la dernière à avoir rejoint l’acronyme LGBTQIA qui rassemble les différentes minorités sexuelles. L’asexualité, soit l’absence de désir de s’engager dans une relation sexuelle, est donc désormais considérée comme une orientation à part entière. Mais que recouvre-t-elle ?
Dans Les Sims 4, jeu vidéo de simulation du quotidien, les joueurs peuvent depuis le 28 juillet donner à leur avatar une orientation inattendue : l’asexualité. La star indienne Meera Chopra, elle, a annoncé en juin qu’elle jouerait dans son prochain film, Super Woman, une héroïne asexuelle revendiquée. Deux signaux d’une tendance de fond : la reconnaissance de l’asexualité comme orientation à part entière.
L’asexualité désigne l’absence de désir de s’engager dans une relation sexuelle. Le mot a été conceptualisé en 1972 par la féministe Lisa Orlando dans The Asexual Manifesto. Pour elle, tant que la sexualité est grevée par le sexisme, par la propension à exploiter l’autre ou à le réduire au statut d’objet, il faut s’en tenir à distance. L’asexualité ne serait donc pas un dysfonctionnement subi mais une prise de position découlant de principes politiques. Le sexe interpersonnel, affirme Lisa Orlando, « n’est pas un mode de comportement instinctif ; c’est un comportement que nous avons appris à utiliser pour la satisfaction d’un besoin (l’orgasme) que nous pouvons facilement satisfaire par nous-mêmes ». L’autrice ne définit donc pas tant l’asexualité comme une absence du besoin de satisfaction sexuelle que comme son expression solitaire. Elle parle avec raison de besoin sexuel, comme le besoin de boire ou de se nourrir, et non de désir. Et pour cause : le désir implique un manque, l’absence d’une chose ou d’un être qui se trouve hors de soi. Le désir, donc, ne peut être solipsiste, il se dirige toujours vers un extérieur : comment pourrait-on se désirer soi-même, c’est-à-dire se manquer à soi ?