Le match

L'avarice, une jouissance perverse ?

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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens », en kiosque le 20 novembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Si, pour le philosophe spiritualiste Louis Lavelle, l’avarice est le vice de l’esprit qui jouit de ne jamais réaliser ses désirs, Schopenhauer se montre plus clément : en sous-pesant les qualités et les défauts du radin, il montre que la pingrerie est bien moins égoïste et imprudente que la flambe.

 

Louis Lavelle : OUI, c’est une ivresse de la puissance

« L’avarice est, avec l’orgueil, le vice le plus profond de l’amour-propre. L’avarice s’oppose à la cupidité parce qu’elle est avidité d’épargner plutôt que d’acquérir. Elle jouit de ce qu’elle possède et ne le risque pas pour posséder davantage. L’avare est un solitaire dont la jouissance est toujours secrète, car il ne peut ni la montrer ni la faire partager sans mettre en péril sa richesse […] Il a la haine de ses proches et de ses héritiers dont il pense qu’ils ont sur lui quelque droit. Il embrasse d’un seul regard toutes les possibilités que l’or représente sans en réaliser aucune, même par l’imagination. Il n’imagine même pas, comme on le croit, tous les biens qu’il pourrait se donner et qui sont pour lui au contraire les plus grands de tous les maux puisqu’ils détruisent la seule chose qu’il puisse aimer. En essayant de se les représenter, il diviserait et corromprait déjà le plaisir que lui donne le pur pouvoir qu’il croit garder sur eux.

L’avarice est un vice de la vieillesse qui suppose une longue expérience, qui cherche à accumuler les moyens de se donner toutes les jouissances qui pourraient la remplir, et qui méprise ces jouissances elles-mêmes. C’est une ivresse de la puissance dont on voit bien qu’elle peut s’étendre sur toutes choses, mais dont on ne fait aucun emploi de peur de la diminuer ou de l’anéantir. On peut bien dire que l’avare jouit d’une pure possibilité, mais c’est d’une possibilité réelle et non pas imaginaire, puisque l’or est là qui la figure ; il jouit moins encore de sentir qu’il pourrait la convertir en un objet de jouissance sensible que de savoir qu’il se refusera toujours à le faire.

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