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Le bonheur est-il un rêve inaccessible ?

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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Le bonheur »

État profond de plénitude, de satisfaction durable et complète.

« un rêve »

Un désir fantasmé mais qui ne se réalise pas effectivement.

« inaccessible »

Inatteignable, hors de notre portée.

Défrichage

Premières intuitions

Le bonheur semble constituer le but de notre existence, l’objectif que nous poursuivons tous et en toute occasion, au sens où tout ce que nous faisons peut être vu comme un moyen pour nous d’être heureux.

Pourtant, qui oserait, sans réserve, se prétendre heureux et comblé ? Au mieux ressentons-nous des moments de plaisir et même de joie, mais cela n’équivaut pas exactement au sens plein et entier de ce que nous pouvons attendre du bonheur. Est-il humainement possible de se contenter de ce que l’on a ou de ce que l’on est, sans rien espérer de plus… ne serait-ce que la continuation dans le temps de cet état de bonheur ?

Plus généralement, le contraste est considérable entre l’énergie que nous déployons pour trouver le bonheur et la difficulté – voire l’impossibilité – qu’il y a à le trouver. Un tel constat a d’ailleurs quelque chose de désespérant : même le fait d’avoir tout pour être heureux ne semble pas suffire pour garantir un tel bonheur. On peut donc se demander si le bonheur réel existe ou s’il n’est qu’une utopie. Mais peut-on se résoudre au malheur et considérer le bonheur comme un horizon inaccessible ?

 

Exemples qui viennent à l’esprit

Les mythes grecs regorgent de bonheurs inassouvis. De l’échec (cuisant !) d’Icare nourrissant l’ambition de s’élever aussi haut que le Soleil à celui du roi Midas croyant devenir riche parce que tout ce qu’il touche se transforme en or, le bonheur s’est dérobé dès que ces personnages espéraient s’en emparer. Peut-être parce qu’ils ont désiré l’atteindre avec une ambition démesurée (c’est le thème de l’hybris).

Dans le roman Madame Bovary (1857) de Gustave Flaubert, le personnage central d’Emma illustre cette quête effrénée d’un bonheur qui se refuse obstinément. La maternité pas plus que le mariage ni l’adultère ne parviendra à la rendre heureuse. Peut-être parce qu’elle s’était fabriqué par ses lectures une idée romanesque de l’amour (et donc du bonheur) impossible, car décalée par rapport à un quotidien bien plus prosaïque…

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