Architecture / Innovation
Le champignon est-il l’avenir de l’homme ?
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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon une équipe du Centre Farrell d’architecture de Newcastle, les champignons pourraient devenir le matériau de construction de demain. Explications.
Pour son exposition inaugurale, le Centre Farrell d’architecture de Newcastle, ouvert au printemps, a opté pour l’originalité. Il présente en effet un projet d’architecture… à base de champignons ! Vivrons-nous tous demain comme des Schtroumpfs ? Pas exactement. Il ne s’agit pas ici de creuser la partie émergée des champignons (les organes reproducteurs) pour s’en faire un logis, mais de faire croître puis sécher le mycélium, la partie souterraine, fibreuse et indifférenciée, sur des supports de laine afin de produire des structures architecturales. Owen Hopkins, le directeur du centre, s’émerveille des propriétés autocicatrisantes du matériau : « Si une fissure se développe ou si un renforcement structurel est nécessaire, il peut être cultivé sur place. Il offre donc des possibilités vraiment fascinantes, mais déstabilise aussi complètement la notion d’architecture comme quelque chose de fini et de fixe. » Ce ne sont pas les seuls avantages : léger et très accessible, le mycélium pousse très vite. Résistant, il n’en reste pas moins très plastique. Dotées de propriétés thermo-isolantes et ignifuges, certaines de ses variétés ont par ailleurs « la capacité d’absorber les radiations », commente la chercheuse de la Nasa Lynn Rothschild dans un article intitulé « Mycoarchitecture off planet: growing surface structures at destination » (« La mycoarchitecture dans l’espace. Faire pousser des structures de surface directement sur site », 2018). La mycoarchitecture est ainsi une solution envisagée pour la colonisation de Mars. Autre qualité : elle suppose un apport minime en énergie, au contraire de l’industrie actuelle du BTP, particulièrement gourmande. Le champignon puise ce dont il a besoin dans son milieu et se développe de manière autonome. Il suffit alors de l’alimenter en substance nutritive et de guider sa croissance. La production de mycomatériaux est par ailleurs très peu émettrice de CO2, là où 40 % des émissions mondiales sont aujourd’hui générées par le secteur de la construction. Ces matériaux sont biodégradables et laissent espérer une économie plus soutenable. Pour les essayistes Michael Lim et Yun Shu, auteurs de The Future Is Fungi (« Le futur est aux champignons », Thames&Hudson, 2022 ; non traduit), ils nous permettent ainsi « d’envisager les choses avec la nature plutôt que contre elle ». Une petite révolution (architecturale) est en cours !