Société

Le droit à la réparation des objets, un long combat

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Le droit à la réparation des objets, un long combat

© Matt Artz/Unsplash

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L’Union européenne a adopté récemment une nouvelle directive sur le droit à la réparation. D’où vient cette idée ? 


« Un très grand pas » : c’est en ces termes que Sandra Auboy, chargée du développement France de la plateforme d’entraide à la réparation iFixit, commentait récemment l’adoption par le Parlement européen d’une directive sur « le renforcement du droit à la réparation pour les consommateurs ». Au programme, de nombreuses mesures. Le texte entérine d’abord l’obligation de réparation pour les biens ménagers courants, ainsi que l’obligation pour les fabricants d’informer les consommateurs de cette obligation. Il introduit ensuite une extension de garantie d’un an sur les produits réparés. D’autre part le texte prévoit la création d’une plateforme numérique référençant les réparateurs locaux et les revendeurs de biens reconditionnés. Il interdit les clauses entravant la possibilité de faire appel à un réparateur indépendant et les restrictions sur les pratiques de ces réparateurs (possibilité, notamment, d’utiliser des pièces d’occasion ou imprimées en 3D). Les industriels devront enfin garantir la disponibilité des pièces de rechange et des outils nécessaires, le cas échéant, à la réparation « à un prix raisonnable ». Le but est à la fois d’encourager les consommateurs à se tourner vers la réparation et de contraindre les industriels à améliorer les possibilités de restauration des biens endommagés. Une petite victoire pour les militants du droit à la réparation, même si le texte se limite aux biens électroniques.

Ce mouvement, sous le feu des projecteurs médiatiques ces dernières années, est en réalité ancien. Il surgit en réaction à des pratiques industrielles qui se développent depuis au moins un siècle. La logique économique est simple : mieux vaut, pour une entreprise, vendre toujours davantage de biens. Mieux vaut, par conséquent, d’un même mouvement, limiter la durée de vie des objets et entraver les formes de maintenance qui permettraient d’en prolonger l’existence. D’un côté, l’« obsolescence programmée » dénoncée depuis un siècle. De l’autre, la limitation des possibilités de réparation s’est appuyée sur la sophistication des objets, comme le soulignent les sociologues Jérôme Denis et David Pontille dans Le Soin des choses (La Découverte, 2022). L’« informatisation » a largement contribué à cette complexification qui rend les choses irréparables par les utilisateurs. Les objets « dont il est devenu difficile de comprendre le fonctionnement technique au premier coup d’œil […] ont une fâcheuse tendance à se refermer sur eux-mêmes sans laisser de place à leurs propriétaires. » Ils constituent de véritables « boîtes noires ». Ces deux stratégies se conjuguent sous la forme de produits non seulement très difficiles à réparer pour un particulier, mais… conçus pour ne pas pouvoir l’être.

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