Biographie

Le gentleman naturaliste

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Un voyage initiatique de cinq ans autour du monde suivi d’une longue phase de maturation pour élaborer sa propre théorie de l’évolution… Darwin a consacré sa vie à l’étude scientifique de la nature en se tenant à l’écart des tumultes suscités par ses idées.

La scène a acquis force de légende. Le 30 juin 1860, à Oxford, se tient un débat public sur le thème de la place de l’homme dans la nature. Darwin vient de publier L’Origine des espèces huit mois auparavant et, même si ce livre expose une théorie de l’évolution s’appliquant aux seuls règnes animal et végétal, son extension à l’espèce humaine fait déjà l’objet de polémiques. Lors du débat, le puissant évêque d’Oxford, Samuel Wilberforce, développe sa critique des hypothèses darwiniennes et, vers la fin de sa présentation, demande à Thomas Huxley – darwinien convaincu, au point d’être surnommé le « bouledogue de Darwin » – s’il descend du singe du côté de son grand-père ou de sa grand-mère. Huxley aurait répondu avec sarcasme qu’il préférait avoir un singe pour ancêtre plutôt qu’un homme utilisant sa position de prestige pour ridiculiser une sérieuse question scientifique. Cette joute oratoire, qui a donné lieu à de multiples témoignages souvent contradictoires, est devenue le mythe fondateur du darwinisme. Pourtant, fait incontestable, un homme est absent ce jour-là : Darwin lui-même. En l’occurrence, il est malade, mais plus fondamentalement il se méfie des grandes controverses dépassant le strict cadre des discussions scientifiques spécialisées. Ses idées ont beau déchaîner les esprits, l’homme n’en reste pas moins prudent.

Charles Darwin naît le 12 février 1809 à Shrewsbury, dans le comté du Shropshire (Angleterre). Il est le fils de Robert Darwin, riche médecin anglais, et le petit-fils d’Erasmus Darwin, médecin lui aussi et auteur d’un essai évolutionniste, Zoonomia, dans lequel il avance que, sous la poussée d’une force vitale, tous les êtres vivants ont évolué à partir d’une forme commune. La mère de Charles, qui décède alors qu’il a 8 ans, est issue d’une grande famille bourgeoise, les Wedgwood. Ce milieu aisé permettra à Darwin de vivre de ses rentes pour se consacrer à ses recherches.

Darwin n’est pas un élève particulièrement brillant, bien qu’il montre très tôt un intérêt pour l’histoire naturelle. La chasse ainsi que la collecte de coquilles, de minéraux et de toutes sortes d’objets (monnaies, sceaux) sont ses deux passions. En 1825, il est envoyé à l’université d’Édimbourg pour étudier la médecine, tradition familiale oblige. Mais s’ennuyant dans la plupart des cours et mal à l’aise avec les opérations chirurgicales, il renonce rapidement à ce projet de carrière. Son séjour à Édimbourg lui permet néanmoins d’étudier les invertébrés marins sous la responsabilité de l’anatomiste Robert Grant, qui adhère, comme son grand-père Erasmus, à une vision évolutionniste du vivant.

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