Le meilleur des mondes impossibles

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Cet article est issu du numéro 12 de Philosophie magazine « 12 - septembre 2007 », en kiosque le 23 août 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment en finir avec l’utopie ? Elle se transforme en cauchemar chaque fois qu’on tente de la mettre en pratique et, pourtant, elle continue à fasciner les ennemis de la réalité. Voici un plaidoyer contre les illusions tenaces.

De la nostalgie de l’Âge d’or à l’impatiente nostalgie d’un avenir introuvable, qu’elle soit l’idéal insulaire d’une cité parfaite, qu’elle annonce la république universelle, l’égalité absolue, la fin des différences ou le dépérissement de l’État, l’utopie n’est pas réelle car, en un sens, elle vaut mieux que ça.

Si toutes les utopies sont tyranniques, si leur avènement débouche immanquablement sur un massacre, c’est que l’homme (donc l’égoïsme) n’est jamais à la hauteur des fous dangereux qui lui veulent du bien et qui, pour cette raison, ne lui laissent d’autre liberté que celle de vouloir ce qui est bon pour l’espèce. « Nous faisons en faveur de l’humanité ce que ses oppresseurs faisaient contre elle », déclare Étienne Cabet, dont le rêve unitaire culmine avec l’autodafé des « anciens livres jugés dangereux ou inutiles ». L’utopie tient à la fois la nature pour une norme et l’homme pour coupable de suivre ses penchants naturels, comme en témoignent la « Cité du soleil » de Campanella qui réglemente la procréation jusqu’à punir de mort la sodomie, la folie de Robespierre (qui, fidèle à l’injonction paradoxale du « contrat social » de Rousseau, voulait « forcer l’homme à être libre ») ou le délicat Saint-Just qui voulait bannir les « ingrats » et ranger l’amitié sous le coup de la loi, prouvant, par là-même, que le bonheur obligatoire advient toujours en immolant le misérable qu’il prétend sauver, et que le paradis n’existe pas, sous peine de devenir l’enfer.

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