Extrait
Le péché originel, une affaire d’empoisonnement ?
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C’est la thèse, surprenante, de Deleuze. Selon lui, Dieu n’a pas interdit à Adam de manger la pomme, il l’a averti que le fruit l’empoisonnerait et produirait sa chute, c’est-à-dire une diminution de sa puissance d’agir. Une relecture surprenante de l’épisode du jardin d’Éden.
« Le mal, c’est une mauvaise rencontre. Ça veut dire quoi ? Spinoza, dans sa correspondance au Hollandais [Guillaume de Blyenbergh], lui dit : tu me rapportes tout le temps l’exemple de Dieu qui a interdit à Adam de manger la pomme, et tu cites ça comme l’exemple d’une loi morale. Le premier interdit. Spinoza lui dit : mais ce n’est pas du tout ça ce qui se passe, et Spinoza reprend toute l’histoire d’Adam sous la forme d’un empoisonnement et d’une intoxication. Qu’est-ce qui s’est passé en réalité ? Dieu n’a jamais interdit quoi que ce soit à Adam, il lui a accordé une révélation. Il l’a prévenu de l’effet nocif que le corps de la pomme aurait sur la constitution de son corps à lui, Adam. En d’autres termes, la pomme est un poison pour Adam. »