Russie/Politique

Arsenic et dissidence

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Alexeï Navalny

À Saint-Pétersbourg (Russie), le 20 août 2020, un partisan d'Alexeï Navalny porte ironiquement une tasse de thé pour alerter l’opinion sur l’empoisonnement de l’opposant. © Ivan Petrov/AP/Sipa

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Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alexeï Navalny n’a été ni poignardé ni abattu, mais empoisonné. Cette méthode révèle la volonté du pouvoir russe de le faire taire de l’intérieur. Explications avec Gilles Deleuze.

« Politique repoussante », « acte criminel » : les réactions à la tentative d’empoisonnement dont Alexeï Navalny a été victime ont été vives. L’hôpital de la Charité de Berlin, où l’opposant russe est soigné depuis le 22 août, a rapidement confirmé la présence, dans son sang, de novitchok, un agent chimique de la famille du sarin. Pour la plupart des commentateurs, l’implication du pouvoir russe ne fait pas de doute. Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, a rapidement démenti, tout en critiquant « l’empressement » des médecins allemands et en soutenant l’existence de « beaucoup d’autres pistes médicales ». Au-delà de l’évident scandale que représente la tentative d’assassinat, la méthode employée – le poison – suscite une indignation toute particulière. Pourquoi ? Puisque l’empoisonnement est le modèle même du mal, selon Gilles Deleuze, « le mal est toujours une décomposition de rapport. Le type de ces décompositions, c’est l’action d’un poison sur notre corps » (Spinoza et le problème de l’expression, 1968). Le poison agit en effet de l’intérieur de l’organisme dont il produit, subrepticement, la désorganisation, et non de l’extérieur, comme un coup de couteau ou un tir de revolver. 

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