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L'économie dans sa bulle

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Cet article est issu du numéro 42 de Philosophie magazine « 42 - septembre 2010 », en kiosque le 26 août 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Tout serait virtuel… Simulacre, artifice, les artistes s’inspirent de Baudrillard pour dénoncer la culture du faux, tandis que les économistes s’appuient sur ses analyses afin de démonter les démesures du capitalisme.

« Baudrillard avait-il vu la catastrophe où mènerait la virtualisation boursière des valeurs et des titres ? Avait-il anticipé le krach financier de l’automne 2008 et la crise globale qui s’en est suivi ? Non… et oui. Non, parce qu’il ne se plaçait pas dans une position de prévision et de correction de la vie économique et sociale. Oui, car il avait perçu et stigmatisé la “dérive spéculative” (L’Échange impossible, 1999) du capitalisme contemporain. Baudrillard avait fait le constat du décrochage grandissant entre le monde financier et le monde économique. Pour lui, il était évident que la bulle spéculative, à la croissance folle et auto-entretenue, allait exploser. L’adage “Too big to fail”, appliqué au système financier dans son ensemble, suscitait chez lui des observations ironiques et jubilatoires. Un an après le krach, les économies “réelles” ont été touchées : ce phénomène peut être analysé de manière baudrillardienne, en évoquant un rattrapage, une liquidation du réel par le virtuel. Ceci étant, son intuition la plus forte me semble être la suivante : ce n’est pas seulement la finance, mais l’économie dans son ensemble qui est une bulle, une fiction. Via le marché, l’économie donne des prix à toute chose, prétend tout mesurer. Mais contre cet impérialisme de la mesure, par lequel le capitalisme veut se rendre maître et possesseur de toute chose, Baudrillard pose la question, hérétique : quelle est la valeur de l’économie elle-même, et sur quoi se fonde-t-elle ? Il est très nietzschéen sur ce point, en -s’interrogeant sur la valeur des valeurs économiques. Sa réponse est sans appel : l’économie n’est fondée sur rien, les prix sont des conventions arbitraires, et les valeurs, des entités flottantes, incertaines. Dès les premières lignes de L’Échange impossible, il résume son credo : il n’y a pas de mesure à la mesure, ni même de raison à la raison… En ce sens, la bulle financière est l’image réduite, la mise en abyme d’une indétermination économique générale qui devait bien finir par éclater au grand jour. Autrement dit : spéculation financière (“virtuelle”) et activités économiques (“réelles”), même combat en l’air, même baudruche appelée à se dégonfler.

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