La notion mystère

L’égrégore, ou l’esprit de corps des collectifs humains

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L’égrégore, ou l’esprit de corps des collectifs humains

© Andrej Lisakov/Unsplash

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Qu’est-ce qui fait qu’un groupe d’individus – classe, équipe, orchestre, brigade – se met à sentir, vibrer, agir à l’unisson, comme une seule personne ? C’est l’énigme que pointe le concept d’égrégore. La philosophe Audrey Jougla éclaire son histoire et son actualité.


Tous ensemble, tous ensemble…

Nous en avons tous fait l’expérience. C’est un frisson qui surprend, un élan soudain, un ressenti collectif dont on fait pleinement partie et qui nous emporte, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Dans un match, en équipe ou dans les gradins, dans une salle de concert, une manifestation, ou dansant une chorégraphie en groupe, nous avons tous un jour ressenti cette union aux autres qui nous dépassait un peu, et où l’on semblait ne faire qu’un.

Ce phénomène qui nous traverse alors porte un nom, souvent méconnu : l’égrégore. Du grec égrêgoros, il signifierait « éveillé » ou « celui qui veille, qui est vigilant », comme si nous étions soudainement conscients d’une réalité où l’agrégation de chacun ne se résume pas à la somme des individualités. D’autres étymologies rapprochent le terme du latin gregarius, grégaire.

L’insaisissable force du collectif

Qualifié de force ou d’énergie collective, l’égrégore s’exprimerait et serait palpable dès lors que les personnes sont unies par un même but ou dans une même action, « au diapason » dirait-on en langage courant. C’est la définition qu’en donne le médecin et intellectuel Pierre Mabille (1904-1952), dans son ouvrage Egrégores ou la vie des civilisations (1938) où il estime qu’il s’agit d’un « groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment ». 

Tout enseignant vous le confirmera : gérer une classe, ou s’adresser à elle, n’a rien à voir avec le fait de s’adresser à des élèves qu’on aurait additionnés. En conseil de classe, il n’est pas rare de désigner une classe avec une personnalité propre : elle est vivante, curieuse, travailleuse, ou indisciplinée. Mais s’agit-il pour autant d’un égrégore ?

Une notion spectrale et mystérieuse

À l’instar des fantômes, l’histoire de cette notion est pétrie de mysticisme et d’occultisme. Le phénomène d’égrégore se popularise à la fin du XIXe siècle, lorsque la fascination pour ces courants touche les intellectuels. L’on sent poindre l’œil critique de la philosophie pour ce qui ne serait qu’une affabulation romantique. Car c’est dans le contexte d’un XIXe siècle qui fait la part belle aux monstres et au surnaturel, et où l’ésotérisme se déploie, que l’égrégore intéresse. C’est aussi le plein essor de la franc-maçonnerie, qui conçoit l’égrégore comme une communion de ses membres.

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