Dossier / La vie a-t-elle un sens ?

L’empire du sens

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L’empire du sens

© Julie Guiches/pink/saif images

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Cet article est issu du numéro 174 de Philosophie magazine « La vie a-t-elle un sens ? », en kiosque le 26 octobre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que nous nous méfions plus que jamais des réponses toutes faites et des promesses paradisiaques – ni dieux ni maîtres ! –, il revient à chacun de conjurer l’absurdité de l’existence en lui trouvant du sens. Mission impossible ?

 

Longtemps, on a su où on allait. La direction était donnée, c’était celle de la tradition ou de la religion. Puis, à mesure que le monde s’est sécularisé, que les Lumières ont accompagné le progrès des sciences, le ciel s’est vidé et obscurci. Les dieux et les ancêtres ne sont désormais plus d’aucune aide pour percer le mystère de l’existence. Sans destinée préétablie, la vie est devenue une affaire proprement humaine, dont la signification n’est plus donnée a priori. Il nous revient de la « trouver ». Rappelons qu’en français, le « sens » a une étymologie et une connotation doubles : il désigne non seulement la direction (de l’ancien français sen, le « chemin ») mais également la signification (du latin sensus, le fait de percevoir). Or les deux acceptions en sont venues à se superposer, si bien que trouver du sens, c’est savoir où l’on va. Mais cette quête n’est-elle pas complètement extravagante, en plus d’être terriblement angoissante ?

 

De l’accouchement à la danse du sabot

La vertu, le bonheur, le plaisir… les philosophes se sont disputés pour définir le souverain bien, celui qui permettrait d’accomplir en nous l’humanité, sans cependant parvenir à une réponse définitive. C’est que la notion de « sens » est ambiguë. Il n’est jamais purement personnel et subjectif – pourrait-on affirmer sans se moquer que réaliser des pyramides en allumettes puisse être le sens de la vie ? Mais il n’est pas totalement objectif et impersonnel non plus – une tâche parfaitement vertueuse qui empêcherait notre épanouissement serait absurde. Le sens est ainsi à mi-chemin de la subjectivité et de l’objectivité, et impossible à définir positivement avec un contenu a priori.

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