La phrase choc
« L’enfant n’a pas d’imagination »
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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Jean Piaget, La Formation du symbole chez l’enfant (1946)
« Chloé invente des histoires incroyables ! Et si vous voyiez les dessins d’Arthur… » C’est entendu : l’enfant imagine plus et mieux que nous. Aussi regardons-nous avec délectation, parfois avec nostalgie, cet âge où tout est possible.
« Au fond, l’enfant n’a pas d’imagination. » Cette affirmation étonne car elle ne cadre pas avec le système de son auteur. Piaget soutient ailleurs qu’entre 2 et 7 ans, l’enfant entre dans l’âge de la représentation symbolique : il ne pense pas, mais voit mentalement ce qu’il évoque. N’est-ce pas dire qu’il imagine ? De fait, c’est seulement à partir de 7 ans qu’il parviendra à dissocier les opérations logico-arithmétiques et les aspects figuratifs de la pensée. Cette faculté de représentation symbolique n’est-elle pas ce qu’on appelle l’imagination ? Non car elle n’est pas une faculté positive, mais plutôt un obstacle au travail d’abstraction. Elle intervient dans une évolution qui vise « son amoindrissement » par réintégration dans l’intelligence. Son destin est de disparaître, l’enfant la subit plus qu’il ne l’utilise librement. Ce que le sens commun attribue à l’imagination de l’enfant « se réduit à l’incohérence et surtout à l’assimilation subjective ».