Les 7 familles du Caddie

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Les 7 familles du Caddie

© Akatre/Costume 3 pièces pour PM

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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Êtes-vous plutôt frites surgelées ou légumes bio ? Saucisses aux lentilles ou poulet tikka ? Yaourts anticholestérol ou soda light ? Notre passage en caisse en dit beaucoup plus que nous ne le pensons sur notre rapport au monde.

Bio

La nostalgie de la nature

Le test n’a pas donné les résultats attendus : la pomme bio que nous comparons à la golden ordinaire se révèle farineuse et flasque. Il nous en a pourtant coûté 4,50 euros le kilo contre 2,95 euros. Mais quelle importance ? L’essentiel est de savoir qu’elle a été cultivée sans pesticides ni engrais de synthèse. L’engagement écologique pour sauvegarder la Terre et les nappes phréatiques, le souci de la santé valent bien une mauvaise surprise. Au moins, le goût du fruit bio n’est pas standardisé, et c’est ce qui fait son charme. Rousseau avait déjà mis en œuvre une telle logique consistant à se référer à l’état de nature comme norme. Aux progrès de sciences et techniques parfois destructrices, aux raffinements du luxe et du goût, aux produits bien calibrés, le « biorousseauiste » préfère le fruit à la peau accidentée et à la forme biscornue, signes électifs de sa naturalité. Or, l’état de pure nature fait partie d’un passé révolu. Rousseau admet en effet que la liberté et la perfectibilité de l’homme l’ont poussé à construire des outils puis des machines, à créer la division du travail. Revenir à l’origine est impossible. Du coup, le bio est parfois déceptif. L’idéal serait de cueillir une pomme sauvage, mais ce rêve est contradictoire avec l’idée même d’agriculture. C’est d’ailleurs pour cette raison que les critères du bio font l’objet d’infinies polémiques. Une autre vertu du bio est donc de réveiller le goût de la nostalgie.

 

Junk food

La modernité honteuse

Symbole de modernité il y a trente ans, les hamburgers, chips, hot-dogs et frites sont devenus celui de la lumpen-prolétarisation du monde. Ruisselante de sucre ou de graisse, saturée de couleurs aguicheuses, la junk food s’adresse aux pulsions urbaines : amour de la vitesse, goût des désirs vite satisfaits, des produits synthétiques et des formes tentatrices. Même les signes, ici, telles des enseignes lumineuses, remplacent les noms communs, et font écran à ce qui compose le produit. On mange un Big Mac avec un Pepsi, on grignote des Lays ou des Pringles, et on jouit de cet univers où même les saveurs sont artificielles.

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