Les amuse-Hegel sucré-salé

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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour 4 personnes.

4 tranches de saumon fumé, 2 pommes, 2 ficelles, miel liquide, 1 fromage de chèvre en bûche découpé en rondelles, thym

 

Cuisine, religion et philosophie ne diffèrent que par la forme ; leur objet est le même, ce qui revient à dire que, dans leur immédiateté sensible, les petits plats n’en constituent pas moins une présentation de l’esprit, en même temps que c’est l’esprit qui donne leur substance à toutes les douceurs dégustées. Ainsi le moment du repas est-il la résolution des oppositions abstraites forgées par la pensée d’entendement, ouvrant le premier règne de l’esprit absolu. En effet, c’est l’absolu qui s’offre à la spéculation quand l’être-là des ingrédients se trouve élevé par les soins du chef à l’universalité de l’Idée, sans pour autant que cette incarnation signifie la limitation de l’Idée aux bornes étroites d’une forme sensible – puisque celle-ci se trouve ensuite niée-intégrée (aufgehoben) par le gourmet qui s’en régale. Manger dans l’élément de l’absolu conduit aussi à faire vivre l’avant et l’après du repas dans le compagnonnage de son pendant, l’infini n’étant pas l’absence de limites mais un transcender-les-limites. Aussi la vraie superficialité ne réside pas dans l’amuse-gueule mais dans le dédain de l’amuse-gueule, symptôme d’une conscience malheureuse, scindée à l’intérieur d’elle-même.

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