Littérature

Les chevaliers de la Table Ronde, mystiques ou démocrates ?

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Les chevaliers de la Table Ronde, mystiques ou démocrates ?

Détail d’une page de l’Armorial de la Table Ronde (v. 1490-1500) sur laquelle est figuré Ségurant. © Bibliothèque de l'Arsenal/Gallica/BNF

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On a découvert un nouveau chevalier de la Table Ronde ! L’histoire de Ségurant, perdue au fil des siècles, a été exhumée par l’archiviste Emanuele Arioli et publiée aux Éditions Les Belles Lettres. Son itinéraire singulier permet de revisiter le symbolisme de la Table Ronde, qui peut être vue comme un idéal religieux… ou comme une préfiguration de la démocratie.


 

De la légende de Ségurant, le « chevalier au dragon », écrite au XIIIe siècle, ne subsistaient que des fragments dispersés. Mais l’archiviste-paléographe franco-italien Emanuele Arioli a recomposé l’ensemble de son aventure. On y suit donc Ségurant, preux chevalier de l’Île Non Sachant, qui brille par sa force et sa vaillance. Il surpasse tous les autres chevaliers lors des joutes. La fée Morgane cherche à l’éloigner et lui ordonne de tuer un dragon, qui est en réalité une illusion. Une quête impossible aux accents donquichottesques commence alors. Elle est singulière, car Ségurant n’est jamais associé à la quête du Graal. Il n’a que faire de l’amour courtois. Ses aventures hallucinées, plus profanes que celles de ses collègues, laissent place au comique. Le héros finit d’ailleurs par disparaître derrière un mur de feu en poursuivant le dragon. Morgane fera croire qu’il était lui-même une illusion et n’a jamais existé. Un chevalier évanescent, en somme, dont l’aventure s’ajoute à la multiplicité des récits qui se tissent autour de la Table Ronde et en actualise le symbolisme. Mais quel est le sens, justement, de la plus célèbre table du monde ?

De la fidélité chevaleresque…

Hegel est l’un des rares philosophes à s’être intéressé à la Table Ronde. À ses yeux, le roman arthurien doit être compris à la fois en continuité et en rupture par rapport à l’esprit de la littérature chevaleresque médiévale. Dans celle-ci, le chevalier est caractérisé par la fidélité à son seigneur. Mais, note le philosophe dans sa Poétique, dans la chevalerie médiévale traditionnelle, « l’homme, tout en se dévouant à la personne d’un principe, d’un roi ou d’un empereur, conserve sa libre indépendance comme caractère dominant de toute sa conduite. » La fidélité n’est pas un absolu. Elle peut donc « très facilement entrer en collision avec la passion personnelle ou avec la susceptibilité de l’honneur, le sentiment de l’offense, l’amour ». Lien déterminant dans la noblesse féodale, le lien de vassalité, la fidélité est caractérisée par sa « fragilité ». Chaque chevalier suit au fond « sa volonté et son caprice », sa « personnalité libre ».

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Que nous apprend la légende de Ségurant, chevalier perdu puis retrouvé ?