Cinéma
“Les Feuilles mortes” : pas de deux avec Kaurismäki
Les feuilles mortes d’Aki Kaurismäki, avec Alma Pöysti et Jussi Vatanen. © Malla Hukkanen/Sputnik
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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En filmant la romance en apparence banale de deux solitudes, le cinéaste finnois met l'amour à l'épreuve de la vérité, sans se départir de sa tendresse ni de son humour.
Les histoires d’amour commencent mal en général – dans l’univers d’Aki Kaurismäki, du moins ! Le réalisateur poursuit sa légende du siècle en filmant à nouveau l’envers du décor : pas le monde des gagnants ni les clichés romantiques de cinéma, plutôt les vies minuscules, les exclus et les histoires muettes, dans un geste émouvant de simplicité. Il se passe des longs dialogues au profit de situations suspendues, cocasses et parfaitement réglées, empruntant cette précision à ses épigones, Chaplin, Bresson et Ozu. Holappa (Jussi Vatanen), un ouvrier alcoolique, rencontre ainsi Ansa (Alma Pöysti), une caissière désabusée. Ils se lient tendrement à la sortie d’un cinéma où l’on projette un film de Jim Jarmusch et promettent de se revoir. Mais les embûches se succèdent, qui compromettent les retrouvailles. En sortant des cigarettes de sa poche, Holappa perd ainsi le numéro de téléphone d’Ansa inscrit sur un petit papier ; l’amour s’égare avec le vent. Longtemps, ces deux drôles de solitudes mélancoliques se croisent ensuite à la faveur des quiproquos, dans la nuit d’Helsinki. Sombre, Kaurismäki déploie à nouveau son tendre humour.