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La mélancolie discrète des feuilles mortes

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La mélancolie discrète des feuilles mortes

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L’automne touche à sa fin, et avec lui, sa saisonnière mélancolie. Mélancolie car, à la différence de l’hiver froid, dont la vie semble s’être retirée, l’automne est le temps du déclin, dont les feuilles mortes sont l’image emblématique. Le tourbillon de feuilles séchées, emportées par le vent, nous met sous les yeux cette vérité de l’éphémère : tout passe, inéluctablement. 


 

« Les dernières feuilles tombent en dansant. Il faut une grande dose d’insensibilité pour faire face à l’automne » 

Emil Cioran, Aveux et Anathèmes, 1986

 

L’âme japonaise, plutôt que de conjurer cette évanescence inquiétante, en a fait l’un des piliers de son esthétique. « L’idéal de beauté japonais ne recherche pas la perfection, l’uniformité ou la symétrie, mais quelque chose de plus naturel, comme la beauté que transmet cette feuille morte dans le jardin nu d’un monastère », relève l’écrivain Nobuo Suzuki dans Savoure le bonheur des choses imparfaites. Chaque automne, les Japonais s’adonnent à l’ochiba (落ち葉, おちば), l’art des feuilles mortes : œuvres éphémères faites de cette végétation jaune, orange et rouge qui choit des arbres. La pluie d’or soudaine des ginkgos attire également une foule nombreuse, comme la fleuraison des cerisiers au printemps.

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L’être occidental vit souvent avec d’avantage de morosité cet épisode automnal qui émerveille les habitants du pays du Soleil Levant. Le philosophe Tetsuro Watsuji (1889-1960) glisse une hypothèse à ce sujet dans son livre Fūdo (traduit en français par A. Berque et paru en 2011 chez CNRS Éditions sous le titre de Fûdo, le milieu humain). Le climat spécifique de l’Europe produit un déclin très progressif de la végétation. « Dès le mois d’août, les feuilles jaunissent et font un bruit sec. Aucun charme pourtant ne se dégage de cette verdure noircie, qui se dresse toujours mélancolique. Puis insensiblement, elle pâlit petit à petit, et se change en un jaune faiblard. Jusqu’au moment où, fin octobre, toutes les feuilles caduques ont jauni, pas une seule fois elles ne nous accrochent le regard. On ne voit jamais cette vive métamorphose qui, avec les premières gelées, lorsque la température tombe la nuit brusquement, colore les feuilles du jour au lendemain. » Plus violent, le climat japonais fait de la perte des feuilles un événement plus visible.

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