Des classiques éclairent le présent

Les sens philosophiques du mot “liberté” à l’aune de la crise sanitaire

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Toulouse, le 14 août 2021. Suite à l’allocution présidentielle du 12 juillet, des manifestants s’opposent à la mise en vigueur du passe sanitaire et à la quasi-obligation de vaccination voulue par Emmanuel Macron pour les citoyens français. Ce jour-là, plus de 220 000 personnes bravent les interdictions préfectorales pour défiler en ce sens

Toulouse, le 14 août 2021. Suite à l’allocution présidentielle du 12 juillet, des manifestants s’opposent à la mise en vigueur du passe sanitaire et à la quasi-obligation de vaccination voulue par Emmanuel Macron pour les citoyens français. Ce jour-là, plus de 220 000 personnes bravent les interdictions préfectorales pour défiler en ce sens. © Alain Pitton/NurPhoto/AFP

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Les opposants au passe sanitaire brandissent la valeur de la liberté, pour aller et venir où bon leur semble. Mais ses partisans aussi, au nom de la responsabilité individuelle et collective. Qu’en pensent les philosophes qui ont réfléchi à cette notion aux significations diverses ? Petite généalogie.

La liberté personnelle me prend aux tripes

On peut d’abord envisager la liberté comme un sentiment immédiat et personnel, que l’on ressent plus ou moins fortement selon les situations. On parle ainsi populairement d’un « goût de liberté » pour désigner une expérience intime et exaltante d’indépendance, face à un ensemble de possibilités illimitées.

Cette définition de la liberté est portée par des images d’Épinal qui évoluent selon les époques : sentir le vent fouetter son visage à travers la porte d’une voiture qui roule à toute vitesse, danser jusqu’au bout de la nuit, courir sur la plage… L’expression « être libre comme l’air » est à cet égard tout à fait parlante. On imagine ainsi la liberté comme une absence de contrainte, une fluidité absolue dans la réalisation de ses mouvements et de ses désirs les plus fous.

Le philosophe Henri Bergson, dans son Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), a très bien montré ce caractère éminemment personnel de la liberté. Selon lui, un acte absolument libre est un acte « qui émane du Moi, et du Moi seulement » en ceci qu’il « porte la marque de notre personne […] ». La liberté est ici à prendre comme un acte de réalisation de soi.

C’est à ce titre qu’on peut comprendre le prix donné à la liberté et l’importance qu’elle revêt dans les débats et les manifestations actuelles. Quelque chose de profond et de viscéral se joue à chaque fois que l’on se sent libre. Et inversement, lorsqu’on a l’impression qu’une part de notre liberté nous est ôtée, c’est aussi un bout de nous-même, de notre personne qui nous est retiré. Ce sentiment de perte de liberté est sans doute l’un des plus difficiles à tolérer, et la rancœur des manifestants opposés au passe sanitaire, sous cet angle, est parfaitement compréhensible.

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