L’étincelle Bachelard
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Cet article est issu du numéro 114 de Philosophie magazine « Comment vivre avec l’idée de la mort ? », en kiosque le 26 octobre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Confronter la science à la poésie : tel est le pari de Bachelard qui, depuis sa classe de physique-chimie au collège de Bar-sur-Aube, dynamite nos prétentions à l’objectivité.
Ceux qui l’ont inspiré
Nietzsche (1844-1900)
Pour Bachelard, Nietzsche est avant tout un poète, de la même classe que Rilke, Baudelaire, Poe ou Shelley. Il l’associe à l’air : « Nietzsche est le type même du poète vertical, du poète des sommets, du poète ascensionnel. […] Nietzsche n’est pas un poète de la terre. » À un poète on ne demande pas la cohérence absolue : comme Nietzsche se nourrissait parfois de contradictions, l’œuvre de Bachelard est traversée de fulgurances énigmatiques.
Lautréamont (1846-1870)
Bachelard consacre une étude au poète dont l’œuvre lui apparaît comme « une véritable phénoménologie de l’agression ». De cette poésie cauchemardesque où les images de l’« agression » se déclinent en un bestiaire armé de griffes, de venin ou de ventouses, Bachelard tire son idée de puissance de l’imagination. « La rêverie nous fait connaître le langage sans censure […], nous pouvons nous dire tout à nous-mêmes », écrit-il dans La Poétique de la rêverie (1960).
Bergson (1859-1941)
En critiquant les physiciens et leur idée d’un temps comme succession mécanique d’instants, Bergson entame un débat houleux entre scientifiques et philosophes. Ce sont les concepts de durée et d’instant que Bachelard tentera de discuter, affirmant, polémique : « Disons tout de suite que du bergsonisme nous acceptons presque tout, sauf la continuité. » Il réhabilite l’instant en faisant de la durée une illusion, un a priori de l’intelligence.