L’exception islamique

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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En terre musulmane, le religieux et le politique ont des liens à la fois plus étroits et plus flous qu’en Occident. L’islam n’ayant aucune autorité religieuse centralisée, concevoir sa séparation d’avec l’État est d’une redoutable difficulté. Les raisons d’un divorce impossible.

L’islam contemporain tourne en rond : il ne revendique pas l’unité du religieux et du politique comme dans le modèle chrétien médiéval et refuse en même temps le schéma moderne de la séparation de l’Église et de l’État, de la laïcité. Deux thèses s’opposent alors. L’islam est sans Église institutionnalisée, hiérarchisée et sans clergé monastique. C’est un fait. Il y a bien un corps de docteurs de la loi – les ulémas –, mais ils n’ont guère le monopole de la grâce. Le croyant accède directement à Dieu. L’Église n’existant pas, il n’y a pas de confusion possible entre cette entité et l’État, il n’est donc pas nécessaire, selon certains, de les séparer. Pour d’autres, au contraire, on peut officialiser une séparation déjà inscrite dans l’économie de la foi musulmane : il suffirait que l’État exprime sa neutralité en matière religieuse. On le voit, le religieux et le politique ont noué des rapports plus compliqués qu’en Occident.

L'Islam a rejeté la « souveraineté du sujet » de Descartes ou l'indépendance des individus

Dans l’Islam de l’âge classique (IXe-XIXe siècle), trois visions des rapports entre le religieux et le politique coexistent. Dans la première, théologique, l’autorité politique a une source religieuse et revient au calife, le successeur du prophète dans « la conservation de la religion et l’administration des intérêts terrestres ». La deuxième confie l’autorité politique au prince mais, pour prétendre régir le royaume, il se doit de mener une vie conforme aux commandements de la tradition et de l’éthique religieuse. Enfin, la troisième vision est philosophique. Son ambition est de construire, en s’inspirant de La République de Platon, une cité idéale pour le meilleur des hommes, le philosophe qui gouverne selon la norme du juste, marginalisant ainsi la rigueur de la charia.

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