Cinéma

“L'Innocence”, de Hirokazu Kore-eda : regards croisés

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“L'Innocence”, de Hirokazu Kore-eda : regards croisés

Innocence. De Hirokazu Kore-eda. Avec Sakura Andō, Eita Nagayama, Soya Kurokawa

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Cet article est issu du numéro 175 de Philosophie magazine « Y a-t-il des bons et des méchants ? », en kiosque le 30 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le nouveau film de Hirokazu Kore-eda, lauréat du prix du scénario au dernier Festival de Cannes, multiplie les points de vue narratifs pour mieux donner à voir le réel dans toute sa complexité. 

 

Il y a du Kurosawa dans ce Kore-eda. Lauréat du prix du scénario au Festival de Cannes, le cinéaste s’inspire en effet du maître japonais dans sa composition sophistiquée. À l’instar de Rashōmon, le film offre trois points de vue sur un même événement pour aboutir à une vision augmentée de la réalité. Le sujet d’interprétation, et le ressort dramatique de ce long métrage, c’est le comportement mystérieux de Minato. L’écolier se renferme sur lui-même, et sa mère craint qu’il soit victime de harcèlement. Le spectateur suit d’abord ses démêlés avec l’établissement scolaire. Car un instituteur est dans le collimateur, qui défend mal son innocence… mais nous découvrons ensuite, dans un deuxième temps, la vérité à travers ses propres yeux. Un troisième chapitre adopte finalement la perspective de Minato. Il complète ce puzzle sans le clore et offre une clé de compréhension à cette énigme. Kore-eda, qui a fait de la vérité le titre d’un de ses précédents films et des non-dits familiaux un sujet récurrent d’intrigue, ramasse ici tous ces éléments, auxquels il donne une épaisseur sensible. Il fait moins l’éloge du relativisme que de la complexité. Dans son Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin la définit comme « le tissu d’événements, actions, interactions, rétroactions, déterminations, aléas, qui constituent notre monde phénoménal », c’est-à-dire le monde tel qu’il nous apparaît. « Mais alors la complexité se présente avec les traits inquiétants du fouillis, de l’inextricable, du désordre, de l’ambiguïté, de l’incertitude… » L’art du réalisateur n’est-il pas précisément d’y mettre de l’ordre sans l’aplanir ?

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