L’ipad, ou la tentation du superflux
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Cet article est issu du numéro 41 de Philosophie magazine « 41 - été 2010 », en kiosque le 01 juillet 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’iPad, la tablette tactile lancée à grand bruit par Apple, inaugure l’ère des objets sans destination, soumis aux choix de leurs utilisateurs. Au prix de nouvelles servitudes.
« Heureusement que je ne me suis pas laissé prendre à son boniment. À des gens pareils, on finirait par acheter des tas de choses inutiles », soupire Tintin, sur le pont du navire qui l’emmène vers l’Orient. Il est coiffé d’un chapeau haut de forme, il tient dans ses bras un arrosoir jaune, une paire de skis, un réveil, un seau, un perroquet dans sa cage, des clubs de golf et il traîne une niche à roulettes. En 2010, Tintin aurait à la main un petit plateau brillant orné d’une pomme et, avec un profond contentement, se dirait exactement la même chose. C’est que le camelot génial des Cigares du pharaon a trouvé un digne successeur en Steve Jobs, le P.-D. G. d’Apple. Lors de la présentation de l’iPad au début de l’année, il a employé toute son emphase pour persuader son public primo qu’il avait découvert le chaînon manquant entre le téléphone et l’ordinateur portable ; secundo que cet espace avait été jusqu’alors injustement occupé par les médiocres Notebooks, ces mini-ordinateurs bon marché ; tertio que l’iPad, avec son écran tactile et ses applications, révolutionnait le secteur. De l’art de plâtrer un trou en se faisant passer pour Michel-Ange. Il ne restait qu’à marteler quelques mots avec un enthousiasme tout californien pour vaincre les dernières velléités de résistance : « Magical ! Extraordinary ! Exciting ! Amazing ! Great ! Wonderfull ! Unbelievable ! Gorgious ! Terrific ! Magnificent ! Phenomenal ! It is just dream ! And so simple ! » (si vous ne me croyez pas, regardez la vidéo sur Youtube).