Hors-série "Hannah Arendt"
L'œuvre de Kafka vue par Hannah Arendt
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 28 de Philosophie magazine « Hannah Arendt, la passion de comprendre », en kiosque le 22 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Déterminés à suivre les règles du jeu, Joseph K., condamné à mort sans motif, et l’arpenteur K., privé de droits, meurent de n’avoir pas compris que les dés étaient pipés. Kafka met ainsi au jour, écrit Arendt, la « structure cachée » du réel, dont il esquisse les plans dans ses romans.
Arendt s’exaspère du portrait de Franz Kafka en visionnaire, prophète des totalitarismes qui devaient décimer l’Europe. À ceux qui croient ainsi rendre hommage au romancier, elle rappelle que c’est toujours un « douteux privilège que d’être compté au nombre des prophètes », a fortiori de malheur. Kafka n’annonce rien, dit-elle, mais pénètre comme personne le monde dont il est contemporain. Ses récits possèdent « le pouvoir des rayons X de mettre à nu la structure interne » des sociétés européennes au début du XXe siècle. Et si lien avec les totalitarismes il y a, c’est dans la mise au jour d’éléments qui contribueront à l’avènement de ces régimes.
Plutôt que de lire Kafka à la lumière des totalitarismes, Arendt propose un autre éclairage historique. Celui de l’Aufklärung. Elle inscrit Kafka dans l’héritage du XVIIIe siècle et invite à le lire comme le romancier qui a pris au sérieux la promesse d’émancipation des Lumières et la met à l’épreuve dans ses romans, spécialement Le Procès et Le Château.