L’ordinaire urbain

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Gas (1940)

«Hopper peint des gares, des magasins, des bureaux, des stations-service, la rue, bref tout ce qui caractérise la modernité industrielle en la rendant esthétique. Il ordonne le spectacle de la ville, le cadre à l’intérieur du cadre même de son tableau, où la volumétrie d’une pièce joue avec le plan d’une vitre ou d’un mur. Ces scènes urbaines correspondent à “l’ordinaire urbain” qu’appréciait tant Georges Perec. Il développe une extraordinaire gamme de coloris, avec un souci d’exactitude dans l’imbrication de la lumière et de l’ombre, ménageant des éclats lumineux qui sont l’effet d’un néon ou d’un réverbère non représentés sur la toile et dont la présence repose sur l’absence, ce que l’imagination du spectateur anticipe… Hopper magnifie le changement dans la temporalité urbaine: la nuit dorénavant est comme éclairée, elle participe du jour. L’opposition radicale jour/nuit familière aux Romantiques, n’a plus cours. La modernité s’inscrit dans une continuité temporelle: la nuit appelle le jour qui appelle la nuit, perpétuellement. En peignant des espaces particulièrement bien délimités Hopper révèle également des temporalités. Ces morceaux choisis de la prose urbaine sont rythmiques, comme des instants inachevés.» 

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