Chine/Surveillance

L’ordre technologique règne à Pékin

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Cet article est issu du numéro 128 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une société juste ? », en kiosque le 28 mars 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Bénéficiant des avancées en matière de reconnaissance faciale, le système de crédit social en Chine dessine un horizon totalitaire, intériorisé par une partie de la population.

Selon un rapport du Centre national d’information sur le crédit public, révélé fin février, 17,5 millions de Chinois se sont vu refuser l’achat d’un billet d’avion et 5,5 millions n’ont pas pu emprunter le train à grande vitesse. Ils ont été « discrédités » et pénalisés pour s’être mal comportés : n’avoir pas payé leurs impôts ou une amende, avoir traversé au feu rouge, fumé dans un train ou promené leur chien sans laisse… Le système de crédit social, expérimenté depuis 2014, vise à améliorer le comportement des citoyens en sanctionnant les « conduites non dignes de confiance ». La mesure bénéficie d’une vaste base de données nationale (la photo d’identité de 1,4 milliard de citoyens chinois) et des plus hautes avancées technologiques en matière de reconnaissance visuelle. Le nombre de caméras dans le pays devrait atteindre plus de 400 millions en 2020. Déjà, dans les gares et les aéroports, elles servent de garde-frontière, en repérant automatiquement les criminels. Dans les rues de Shenzhen, le visage des piétons contrevenants est affiché sur de grands écrans. Dans certaines régions, les policiers chaussent des lunettes équipées de systèmes de reconnaissance faciale, qui leur permettent d’identifier les délinquants. Drones, caméra nocturnes, efficaces à quinze kilomètres ou conçues pour reconnaître une personne à son attitude, même masquée… les innovations ne manquent pas. Le marché de la sécurité publique représenterait, selon le New York Times, plus de 80 milliards de dollars. Une poignée de start-up draine la majorité des investissements gouvernementaux en la matière. Déjà, les autorités envisagent d’élargir la surveillance à la prédiction, en décelant a priori les anomalies de comportements. Ainsi, ne sachant pas quand et où ils peuvent être observés – en principe partout –, les citoyens chinois se montreraient plus obéissants.

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