Convergences
Luttes des femmes, luttes sociales : même combat ?
Adèle Haenel lors de la Marche contre les violences faites aux femmes, le 19 novembre 2022 à Paris. © Gabrielle Cezard/Sipa
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En ce jour de grève nationale et à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, des voix s’élèvent qui appellent à une « convergence des luttes ». Mais comment articuler combats féministes et luttes sociales ? Trois figures du féminisme historique nous répondent.
La réforme des retraites, cela a été souligné en maints endroits, pénalisera davantage les femmes. Forts de cet enseignement, de nombreux militants, rejoints par les syndicats et partis, veulent ainsi voir dans le 7 et le 8 mars plus qu’un simple hasard de calendrier qui verrait s’enchaîner deux journées d’action indépendantes l’une de l’autre : une mobilisation contre la réforme des retraites d’un côté, en faveur des droits des femmes de l’autre. L’actrice Adèle Haenel a notamment appelé, dans une prise de parole remarquée à l’université Paris 8, à construire une « grève féministe » dans la continuité de la grève générale et reconductible du 7 mars, signifiant avoir « plein d’idées sur ce que devrait être un monde post-capitaliste, c’est-à-dire communiste ». Mais comment articuler le combat féministe et les luttes sociales ? Les revendications peuvent-elles réellement se confondre ? N’est-il pas nécessaire de les distinguer a minima ? Dans un contexte où l’on parle beaucoup de convergence des luttes, nous vous proposons de découvrir trois voix divergentes sur cette épineuse question.
Le féminisme marxiste d’Alexandra Kollontaï
L’idée d’une « Journée internationale des femmes », il faut le noter, voit le jour en 1910 à l’initiative notamment de deux militantes socialistes : l’Allemande Clara Zetkin (1857-1933) et la Soviétique Alexandra Kollontaï (1872-1952). Son existence est donc d’abord le fait du mouvement ouvrier, et non du mouvement féministe. Le texte de la résolution d’une telle journée, approuvé par la Deuxième Internationale, précisait ainsi que « les femmes socialistes de tous les pays devraient l’organiser en collaboration avec les organisations politiques et syndicales ». En accord avec sa camarade Zetkin pour qui « l’émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s’émancipera du capital », Alexandra Kollontaï n’en démordra pas : si l’on veut que les femmes cessent d’être exploitées, il n’y a pas à chercher midi à 14 heures et il n’est que d’abolir le capitalisme, qui profite du travail salarial comme du travail ménager qui, en langage marxiste, permet la « reproduction » des producteurs – l’ouvrier qui regagne son foyer est entretenu par son épouse qui lui prépare ses repas et lui aménage un espace de réconfort lui permettant en quelque sorte de « recharger ses batteries » pour continuer d’avoir la force de servir le capital.