Marcel Hénaff : “ Nous allons vers un monde d’archipels urbains ”
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Cet article est issu du numéro 32 de Philosophie magazine « 32 - septembre 2009 », en kiosque le 27 août 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si les villes traditionnelles étaient partout construites autour d’un centre, on voit désormais apparaître un nouveau modèle de vastes conurbations articulées en réseau. Une évolution qui n’est pas forcément à déplorer, comme l’explique Marcel Hénaff.
Comment se pose la question de la diversité des villes selon les cultures et leurs modes de pensée dominants ?
La diversité des formes de villes peut être rapprochée de celle des langues. Si ces dernières divergent de façon extraordinaire, elles le font néanmoins sur la base d’une capacité de parler qui, elle, reste commune. Les formes de l’habiter montrent la même chose : une invariance des compétences et une multiplicité des performances.
Quelles que soient les cultures, les villes possèdent donc des traits communs ?
Historiquement, les villes se sont partout développées d’une manière comparable en tant qu’ensembles construits. Par rapport aux gros bourgs agricoles qui existaient auparavant, les villes, qui sont apparues environ huit mille ans avant notre ère, d’abord dans le Croissant fertile puis dans la vallée de l’Indus et en Chine, se sont toutes caractérisées par l’apparition de bâtiments collectifs, tels que des remparts, des temples, ou encore des palais. Cette dimension de « monument » suppose l’existence d’un travail asservi, donc également d’une société hiérarchisée. D’où une seconde dimension, que l’historien américain Lewis Mumford appelait la « mégamachine ». Cette ingénierie sociale a constitué un milieu technique tout à fait extraordinaire, qui a fait des villes des lieux par excellence d’accélération, d’innovation et de transformations de la production. Les villes sont ainsi devenues des centres d’échange, tant dans leur espace propre qu’entre elles, avec les autres villes. Cette activité correspond à l’existence d’un système de circulation, les rues ; et il est étonnant de constater que, dans des civilisations n’ayant aucun rapport entre elles, on retrouve le même système orthogonal, en forme de « damier ». Les relations que permet ce schéma, sont ce que j’appelle la troisième dimension de la ville, la dimension du « réseau ».