La personnalité

Margrethe Vestager, la commissaire, la fraude et la pomme

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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cette Danoise de 48 ans est le visage d’une Union européenne (UE) qui reprend la main sur la fraude fiscale et fait trembler les grandes compagnies internationales. Après Google, Gazprom, Fiat, Alstom ou McDonald’s, cette commissaire à la concurrence depuis 2014 vient d’infliger une amende record à Apple : 13 milliards d’euros de taxes non perçues par l’Irlande, où le siège européen de l’entreprise est établi. Du jamais vu ! Surnommée la « nouvelle dame de fer », Margrethe Vestager a su imposer, du haut de son 1,85 mètre, le respect des règles fiscales à des entreprises qui avaient pris l’habitude de négocier avec les États le moyen d’échapper à l’imposition. Ministre de l’Éducation en 1998, à 29 ans, puis, de 2011 à 2014, des Finances – où elle a été l’une des premières à défendre l’échange automatique d’information fiscale entre membres de l’UE –, elle aurait inspiré par son style énergique et sa connaissance des dossiers le personnage de Birgitte Nyborg, Premier ministre dans la série Borgen. « Je serais flattée si c’était vrai », précise-t-elle. Diplômée d’économie et de sciences politiques, mariée à un professeur de mathématiques et mère de trois enfants, Margrethe Vestager a un père et une mère pasteurs. Son grand-père était l’un des fondateurs du parti de centre gauche, la « gauche radicale » (mais plutôt libérale), où les parents de la commissaire ont évolué avant qu’elle n’en fasse un acteur central du paysage politique. Son compatriote danois, le philosophe Søren Kierkegaard, également luthérien, soutenait dans Ou bien… ou bien… (1843) que le choix éthique ne consistait pas seulement à être responsable de ce que l’on fait, mais à s’assumer tel que l’on est, à répondre à un appel, à acquiescer à une vocation. Cette idée a irrigué le protestantisme social danois du XIXe siècle dans sa lutte pour la justice sociale. On la retrouve dans la volonté de Vestager de faire de l’impôt « une responsabilité sociale » de l’entreprise, soit une manière d’assumer les attaches qui la lient à son histoire et à son environnement. Et on ne s’étonnera donc pas de voir aujourd’hui cette intransigeance toute protestante la conduire à épingler un fraudeur fiscal dont le logo est une pomme croquée…