Mark Lilla : « Personne ne connaît Barack Obama, même pas lui-même »

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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Jusqu’au 4 novembre, Philosophie magazine interroge, chaque mois, un philosophe américain sur les enjeux de la campagne pour l’élection présidentielle.

Politique et religion

Mon hypothèse est que Dieu sera à l’avenir moins présent dans la rhétorique américaine qu’il ne l’était pendant les années Bush. Reste que la référence à la religion s’est banalisée. Barack Obama et John McCain, lors d’un show télévisé sur CNN, ont été interrogés sur leur rapport à la foi par le révérend Rick Warren. Désormais, tous les candidats parlent de religion sans que cela leur permette pour autant de prendre l’avantage. Aux États-Unis, nous ne connaissons pas le « désenchantement du monde », mais nous percevons plutôt la banalisation et la démocratisation de l’enchantement. Pendant les deux dernières décennies, invoquer Dieu dans un discours politique a été un acte agressif, polémique. Maintenant que démocrates et républicains le font à égalité, il n’y a plus aucun avantage à agir de la sorte. Tout le monde a une histoire de conversion à raconter, même Barack Obama. Les électeurs évangélistes devront faire la distinction entre les invocations authentiques du divin et les inauthentiques, ce qui est parfois subtil. Le paradoxe est que plus on parle de Dieu, moins lourd pèse l’argument.

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