Biographie

Maurice Merleau-Ponty. Le Passeur

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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Compagnon de Sartre durant une longue période, qui va de leur rencontre à l’École normale supérieure, en 1926, à la rupture en 1952, Maurice Merleau-Ponty ne verra pas sa pensée avoir le retentissement de celle de son ami. En partie parce qu’il est mort prématurément, le 3 mai 1961 au soir, à sa table de travail, victime d’un arrêt cardiaque. Il avait 53 ans. Né à Rochefort-sur-mer (Charente-maritime) le 14 mars 1908, Maurice Merleau-Ponty poursuit ses études secondaires au Havre, puis à Paris au lycée Janson-de-Sailly, où il passe son baccalauréat et décroche le prix d’excellence en philosophie. Fils d’un officier d’artillerie coloniale qui meurt tôt, il vit modestement avec sa mère, infirmière. Il intègre ensuite la classe préparatoire du lycée Louis-le-Grand. Élèves à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, -Sartre et lui se fréquentent d’abord peu. Merleau-Ponty est plutôt traditionaliste, indifférent au monde politique. Il appartient à la mouvance « Tala » (ceux qui vont à la messe le dimanche). Chrétien convaincu, il participe même, avec certains camarades de promotion, à une retraite à l’abbaye de Solesmes. Un incident va rapprocher les deux étudiants. Les normaliens ont pour habitude de chanter des chansons un peu salaces à l’occasion de leurs réunions, ce qui n’est pas du goût de Merleau-Ponty qui, à l’occasion d’une soirée arrosée, en profite pour siffler ce qu’il considérait comme obscène. S’ensuit une bagarre et il raconte dans Parcours deux 1951-1961 (Verdier) : « J’ai vu surgir, pour s’interposer entre les autres et moi, un garçon petit, vigoureux, actif, et j’ai appris par la suite que c’était Sartre. »

 

Le trio Sartre-Merleau-Beauvoir

Si Merleau-Ponty est toujours resté discret sur sa vie affective, Simone de Beauvoir a fait connaître à un large public la passion que lui portait sa grande amie Zaza dans ses Mémoires d’une fille rangée. Elle l’y évoque sous le pseudonyme de « Pradelle ». Zaza meurt d’une encéphalite ou d’une méningite d’origine infectieuse en 1929, mais Simone de Beauvoir privilégie l’hypothèse psychologique. Pour elle, Merleau-Ponty serait en partie responsable de la disparition de son amie, qui aurait beaucoup souffert de sa tiédeur, de son attitude fuyante, de ses atermoiements. Elle incrimine le spiritualisme, l’ancrage dans la morale chrétienne de Merleau-Ponty confiné dans une chasteté telle qu’il ne s’est même pas autorisé un baiser à Zaza avant la dernière entrevue sur son lit de mort. Malgré ce différend, Simone de Beauvoir lui conserve son amitié : « Que nous nous opposions sur bien des points, je le sais, mais jamais je n’ai eu en nos plus grandes divergences le sentiment d’une séparation, tant j’aime en vous tout ce dont l’absence parfois vous choque en moi », lui écrit-elle dans une lettre datée du 13 juin 1929.

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