États-Unis / Violences policières
Minneapolis : face à l'ICE, la révolte des voisins
Des manifestants traversent un magasin pour protester contre les politiques d'immigration de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) et du président américain Donald Trump, à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis, le 31 janvier 2026.© Seth Herald/Reuters
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Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine « L’Empire, stade ultime du capitalisme ? », en kiosque le 19 février 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le meurtre de deux habitants de Minneapolis par la police fédérale des frontières (ICE) met en lumière une réalité profonde de la société américaine : celle des solidarités de voisinage, telles que les décrit le philosophe Michael Walzer dans Sphères de justice.
Les morts de Renee Good et d’Alex Pretti à Minneapolis marquent peut-être un tournant du mandat de Donald Trump. Elles révèlent la menace que constitue l’ICE, police fédérale chargée de l’immigration créée il y a vingt ans mais aux prérogatives élargies depuis peu. Le risque est grand de la voir devenir une garde prétorienne destinée à mater toute opposition. Que se passerait-il si le président profitait des désordres engendrés par les violences policières pour instaurer l’état d’urgence et annuler les élections de novembre prochain ? L’ICE deviendrait alors une milice au service de la tyrannie. Certes, l’émotion suscitée a contraint Trump à un recul tactique. Mais l’indifférence au droit de la part des agents de l’ICE laisse craindre de nouvelles victimes.
Police fédérale contre “gens du coin” : le renversement du trumpisme
Ce qui s’est passé à Minneapolis résonne étrangement dans la culture américaine. Dans les films hollywoodiens, les habitants d’un coin perdu s’assemblent pour exercer une justice expéditive et se rendre coupables de lynchage. La police fédérale intervient pour enquêter sur ces débordements ou empêcher les passages à l’acte. À Minneapolis, c’est l’inverse qui se produit. Ceux qui agissent sans foi ni loi, anonymes et masqués, ce sont les fédéraux. Face à eux, des citoyens viennent en aide à des personnes arrêtées. Si la confrontation entre les locaux et les représentants de Washington est une tension constitutive de la fédération américaine, le renversement est notable. Il touche aux postulats du trumpisme : celui-ci défend traditionnellement le local, propriétaire d’une arme à feu, contre la police fédérale qui l’empêcherait de vivre comme bon lui semble. À Minneapolis, Alex Pretti, détenteur d’un pistolet, a été abattu car on le soupçonnait à tort de pouvoir s’en servir. On voit ainsi les « gens du coin » défendre le droit contre des représentants de l’État qui le violent allègrement.