Questionnaire de Socrate
Miquel Barceló : l’eau, la grotte et les rêves
Miquel Barcelo. © Eric Sander
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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De la vida mía, « l’histoire de ma vie ». Dans ce beau livre récemment paru sous ce titre au Mercure de France, le plasticien Miquel Barceló retrace la trajectoire de son existence partagée entre Majorque, le Mali et Paris. Il y évoque sa passion pour les grottes. À l’invitation du Domaine de Chaumont-sur-Loire, il vient d’ailleurs d’en réaliser une en argile, qui rejoint les collections de ce centre d’art et de nature, visible dans ses bosquets. Conçue comme un « palimpseste » merveilleux où se superposent les images, tenant de la caverne préhistorique, de la baleine biblique et du maximonstre charmant les enfants, elle a été baptisée « Grotte Chaumont ». Nous l’y retrouvons.
Que trouve-t-on dans les cavernes ?
Jeune, on m’a dit que ma peinture ressemblait à l’art pariétal. J’avais envie d’être moderne, et cela ne me plaisait pas beaucoup. Puis j’ai eu la chance de connaître Chauvet, Altamira, Lascaux… et une centaine de grottes en Europe. L’art est toujours contemporain, mais on touche ici à l’essentiel, au rapport avec le vivant, avec l’acuité visuelle, le mur et les gestes.
C’est là, l’inspiration ?
Pendant la pandémie, j’allais chaque jour dans une grotte au pied de la montagne, près de mon atelier à Majorque, comme dans une chapelle où me ressourcer. C’est le monde, et c’est ailleurs. Wilhelm Reich parle d’une « chambre d’orgone », où s’accumule l’énergie de la vie. Dans le noir total et un silence absolu, on revient à l’enfance de l’humanité. Je dis souvent que je fais une carrière fulgurante vers l’archaïque.