Mission impensable / Octobre 2012

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans ce passage de la Métaphysique, Aristote apporte des réponses à des questions qui nous touchent tous : Qu’est-ce qui fait que les choses sont ? Qu’est-ce qui garantit l’unité du monde ? Qu’est-ce que l’Être et l’Un ? Problème : le texte est tout sauf clair. Pas de panique, nous l’avons déchiffré pour vous.

« S’il n’est pas possible que rien de ce qui est universel soit substance[1], comme nous l’avons dit dans nos discussions de la substance et de l’Être[2], et si l’Être lui-même ne peut pas être une substance[3] comme une chose une et déterminée, en dehors de la multiplicité sensible (car il est commun à cette multiplicité), mais s’il n’est qu’un simple prédicat[4], il est évident que l’Un[5] ne peut pas non plus être une substance[6], puisque l’Être et l’Un sont les plus universels de tous les prédicats[7]. »

Métaphysique I, 2


[1] Prenez un verre d’eau, par exemple. L’eau est liquide. Si vous la mettez au congélateur, elle gèle. La matière de la chose peut donc se métamorphoser. Qu’est-ce qui est permanent dans la chose ? Pour désigner ce qui ne change pas, mais reçoit le changement, Aristote emploie le mot de « substance ».

[2] Qu’est-ce que l’Être ? Voilà le mystère le plus fondamental qui soit. Pour Aristote, dès que l’on se pose cette question (que certains Modernes reformuleront ainsi : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?), on fait de la métaphysique.

[3] L’Être circule dans tous les objets qui nous entourent. Or, ce qui est commun à plusieurs ne saurait exister comme objet particulier. Considérons l’humanité : elle est commune à tous les hommes. Ce ne peut être qu’une abstraction et non une personne réelle : je ne peux pas croiser l’humanité dans la rue. Pour Aristote, l’Être n’est pas une chose, je ne peux le voir ni le rencontrer, et cependant il est partout.

[4] L’Être circule dans tous les objets qui nous entourent. Or, ce qui est commun à plusieurs ne saurait exister comme objet particulier. Considérons l’humanité : elle est commune à tous les hommes. Ce ne peut être qu’une abstraction et non une personne réelle : je ne peux pas croiser l’humanité dans la rue. Pour Aristote, l’Être n’est pas une chose, je ne peux le voir ni le rencontrer, et cependant il est partout.

[5] Avec l’Être, l’Un est la deuxième grande notion de la métaphysique grecque. Pour Parménide, considéré dans sa totalité et non d’après l’agitation de nos petites existences, l’Être est Un, immuable et éternel. Pour Platon, l’Un, au même titre que l’Être, le Vrai ou le Bien, est l’une des Idées transcendantes qui garantissent l’harmonie du monde.

[6] Le raisonnement d’Aristote touche ici à son but. Pas plus que l’Être n’est une substance, l’Un ne saurait y prétendre. Chez Parménide et Platon, l’Un était presque divinisé. Pour Aristote, l’Un se réduit à un prédicat qu’on peut employer à propos de tout et de n’importe quoi : en disant par exemple « je n’ai qu’un nez » ou « il n’y a qu’un soleil ». Et voilà comment on bascule d’un système idéaliste dans un système réaliste et concret.

[7] Ici, Aristote lance une petite pique à Parménide et aux tendances idéalistes de Platon. Pour Aristote, l’Être et l’Un ne sont pas grand-chose, simplement les plus universels des prédicats. Des notions ordinaires et à ras de terre, en fait…

 

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