N’oublie pas que tu vas mourir (de rire)

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans son livre Les philosophes meurent aussi, Simon Critchley s’est attaché à répertorier 190 morts de penseurs célèbres. La philosophie peut-elle nous aider à nous réapproprier la mort ? Oui, constate-t-il : à condition de nous apprendre à en rire.

Longtemps, la philosophie s’est présentée non comme un ensemble de théories sur le monde, mais comme une série de propositions existentielles sur la vie et la mort. L’histoire de la discipline était enseignée à travers le récit édifiant de la vie des penseurs. C’est avec ce genre qu’a voulu renouer Simon Critchley dans Les philosophes meurent aussi (F. Bourin Éditeur) où il se demande s’ils ont su faire de leur mort un événement.

 

Selon vous, la société est paralysée par la « terreur de l’annihilation »…

En Occident, nous aimons nous imaginer comme une société émancipée de la morale bourgeoise. Mais la mort est le dernier grand tabou. Nous avons oublié le deuil, les rites funéraires, pourtant essentiels. Je viens d’une famille catholique irlandaise, et j’ai vu un cadavre à l’âge de 5 ans ! C’était celui de mon arrière-grand-mère, allongé sur une table de la maison. Autour d’elle les gens plaisantaient, buvaient du whisky. En entrant dans la pièce, il fallait embrasser le cadavre. Je ne préconise pas forcément cela (rires), mais il est important de se souvenir que la mort est réelle. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous meurent dans une forme d’état halluciné, sous morphine par exemple. Or, jusqu’à présent, les gens mouraient conscients. Je ne suis pas partisan de la douleur, mais nous pourrions réfléchir davantage aux moyens d’affronter la mort.

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